{"id":59,"date":"2020-04-20T17:10:35","date_gmt":"2020-04-20T15:10:35","guid":{"rendered":"http:\/\/lesvoixdecastelmaure.com\/?p=59"},"modified":"2020-05-01T11:14:40","modified_gmt":"2020-05-01T09:14:40","slug":"saint-felix-de-castelmaure-vaut-bien-notre-dame-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lesvoixdecastelmaure.com\/index.php\/2020\/04\/20\/saint-felix-de-castelmaure-vaut-bien-notre-dame-de-paris\/","title":{"rendered":"Saint-F\u00e9lix de Castelmaure vaut bien Notre-Dame de Paris"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"has-text-color wp-block-heading\" style=\"color:#696a69\">Elle est enfouie au fond d\u2019une vigne, \u00e0 l\u2019or\u00e9e d\u2019une petite for\u00eat de ch\u00eanes verts, en contrebas du village de Castelmaure qui l\u2019a longtemps surplomb\u00e9e avant de tomber en ruine. Neuf cents ans de pri\u00e8res, de peines et de pardons ont gliss\u00e9 sur ses pierres qui menacent aujourd\u2019hui \u00e0 leur tour de s\u2019effondrer. Sur la toiture de Notre-Dame encore fumante pleuvent les millions mais sur celle de Saint-F\u00e9lix, pas un rond. C\u2019est pourtant sous les vo\u00fbtes de la premi\u00e8re qu\u2019a \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9 plus d\u2019un crime.<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color:#134f07\" class=\"has-inline-color\">Un b\u00e2timent qui inspire plus la crainte de Dieu que son amour<\/span><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux tours parall\u00e8les d\u00e9fient au-del\u00e0 des nuages le Divin comme le feraient face au fruit d\u00e9fendu les dents du serpent. Les jours de procession, la gueule grande ouverte, la cath\u00e9drale d\u00e9ploie sa longue langue rouge jusqu\u2019au parvis. Bient\u00f4t s\u2019y prom\u00e8nent les sandales de velours et de soie du pr\u00e9lat. Le voici dans toute sa gloire, recouvert d\u2019une chasuble blanche brod\u00e9e d\u2019or, la t\u00eate coiff\u00e9e d\u2019une mitre d\u2019argent, doubl\u00e9e de soie rouge, rehauss\u00e9e de broderies et de pierres pr\u00e9cieuses. Il tient de sa main droite orn\u00e9e de bijoux, la crosse imposante fondue dans le pr\u00e9cieux m\u00e9tal. La foule se prosterne devant tant de richesses, devant tant de puissance. L\u2019effront\u00e9 qui refuse de s\u2019incliner, peut y perdre la t\u00eate comme l\u2019atteste celle du chevalier de la Barre. Une fois confort\u00e9 par la soumission du peuple soumis \u00e0 son prestige, il regagne l\u2019int\u00e9rieur de son palais par le portail central. Au-dessus de lui, un Christ en pierre supervise le jugement Dernier. Sous ses pieds, se d\u00e9roule un carnaval effrayant o\u00f9 les puissants sont moqu\u00e9s \u00e0 commencer par l\u2019\u00e9v\u00eaque. Qu\u2019il est dr\u00f4le, cul par-dessus t\u00eate, en train de cuire dans le chaudron, tourment\u00e9 par un d\u00e9mon qui l\u2019a pourtant si souvent inspir\u00e9. Toutes les injustices, tous les exc\u00e8s, toutes les atrocit\u00e9s auxquels le peuple est soumis sur Terre sont ici justifi\u00e9s. Le livre de pierres veut faire croire aux simples d\u2019esprit que leurs ma\u00eetres aussi encourent le ch\u00e2timent divin et devront payer dans l\u2019au-del\u00e0 l\u2019asservissement qu\u2019ils font subir ici-bas. Continuez-donc \u00e0 leur ob\u00e9ir, leur raconte la fable, et les portes du Paradis vous seront grandes ouvertes. En attendant, ils ont fait b\u00e2tir leur palais \u00e0 coup d\u2019imp\u00f4ts et de taxes pr\u00e9lev\u00e9s aupr\u00e8s des gens de peu, ceux qui vivent au pays, du travail de la terre et des bienfaits de la Nature, ceux qui portent le nom si beau de paysans et qu\u2019\u00e0 la ville on moque du sobriquet de p\u00e9quenaud. C\u2019est pourtant avec son argent qu\u2019on b\u00e2tit les cath\u00e9drales. C\u2019est avec son b\u00e9tail, ses r\u00e9coltes qu\u2019il paie les indulgences vendues au prix fort par la tr\u00e8s sainte \u00e9glise de Rome. Le cur\u00e9 de sa paroisse lui a promis le paradis dans l\u2019au-del\u00e0 en \u00e9change de la mis\u00e8re sur terre. Il l\u2019a cru, il veut y croire, car pour lui en ce bas monde, il n\u2019y a aucun espoir. Il le sait, il en est certain. C\u2019est inscrit en grosses statues sur le fronton de la cath\u00e9drale : hors la mort point de salut. Voil\u00e0 ce qu\u2019elle raconte la vieille dame : des mensonges pour vider jusqu\u2019au dernier denier les poches de ceux qui n\u2019ont plus qu\u2019\u00e0 miser sur une vie meilleure au fond du cercueil.<br>En attendant de servir d\u2019entremets aux d\u00e9mons, l\u2019\u00e9v\u00eaque est retourn\u00e9 installer son derri\u00e8re sur le velours confortable de sa cath\u00e8dre, servir la soupe au diable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color:#124f06\" class=\"has-inline-color\">Dieu y reconna\u00eetra les siens<\/span><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a besoin de toujours plus d\u2019argent et s\u2019en va bient\u00f4t pr\u00eacher aux c\u00f4t\u00e9s du Roi la croisade. Ces deux-l\u00e0 se rendent bien des services. Entre les deux, chacun r\u00e9gnant sur son domaine, le divin pour l\u2019un et le temporel pour l\u2019autre, c\u2019est la \u201cSainte-alliance du sabre et du goupillon\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leurs Missi Dominici envahissent le royaume, arr\u00eatent, interrogent, questionnent. Question ordinaire puis extraordinaire sont pos\u00e9es aux suspects par des hommes en soutane qui soutirent les aveux \u00e0 coup de fers br\u00fblants appos\u00e9s sur la chair des bient\u00f4t condamn\u00e9s au b\u00fbcher. Condamn\u00e9s pour avoir voulu suivre la Foi chr\u00e9tienne, la vrai, celle profess\u00e9e par J\u00e9sus, celle suivie par les premiers chr\u00e9tiens. Celle qui ordonne de ne point tuer, de ne pas jeter la premi\u00e8re pierre, de pardonner. Ils sont d\u00e9nomm\u00e9s Bougres, Vaudois, Bogomiles ou Cathares. \u00c0 l\u2019heure du gothique flamboyant, tous ces h\u00e9r\u00e9tiques finiront dans les flammes. Pour avoir d\u00e9nonc\u00e9 les scandales, refus\u00e9 de s\u2019agenouiller devant le mensonge, d\u00e9fendu la Libert\u00e9, l\u2019Egalit\u00e9 et la Fraternit\u00e9. L\u2019un de leurs plus illustres tourmenteurs, tout en br\u00fblant les Juifs et massacrant les Albigeois, se fait construire sa propre chapelle \u00e0 deux pas de la cath\u00e9drale. Moins de trente ans apr\u00e8s sa mort, une aur\u00e9ole vient s\u2019empaler sur sa couronne pour r\u00e9compense de ses crimes.<br>L\u2019\u00e9v\u00eaque, entretemps confisque, s\u2019enrichit et magnifie sa cath\u00e9drale. Qui peut encore prier au milieu de ce butin accumul\u00e9 au fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e par le clerg\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"color:#134f07\" class=\"has-inline-color\">La maison des indics<\/span><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la p\u00e9nombre des trav\u00e9es, les petites mains de l\u2019\u00e9v\u00eaque, bien \u00e0 l\u2019abri dans leur confessionnal, collectent sur des bouts de papier les fautes de leurs ouailles. Confin\u00e9 derri\u00e8re le velours d\u2019un rideau qu\u2019il rabat innocemment derri\u00e8re lui comme il le ferait avec un drap fun\u00e9raire sur son propre cercueil, le p\u00e9cheur passe \u00e0 table, avoue ses vilaines fautes, assur\u00e9 que la p\u00e9nombre pr\u00e9servera son anonymat. Il repart le c\u0153ur l\u00e9ger, certain d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pardonn\u00e9. Celui qui lui succ\u00e8de derri\u00e8re la grille en bois ne vient pas chercher l\u2019absolution mais le petit papier dans lequel le confesseur vient de se moucher. Sous Louis XIV et pendant l\u2019affaire des poisons, Gabriel Nicolas de la Reynie, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de la police de Paris, s\u2019en servira pour alimenter la chambre ardente qu\u2019il ouvre \u00e0 l\u2019Arsenal. Trente-quatre accus\u00e9s finiront ex\u00e9cut\u00e9s avec la complicit\u00e9 active des hommes d\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"has-text-color wp-block-heading\" style=\"color:#134f07\"><span style=\"color:#134f07\" class=\"has-inline-color\">Un incendie au<\/span> <span style=\"color:#134f07\" class=\"has-inline-color\">serv<\/span>ice de l\u2019art gothique<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 toute chose, malheur est bon. Depuis l\u2019effondrement de sa toiture, les rayons du soleil peuvent \u00e9galement entrer dans la maison du seigneur et combler de joie les th\u00e9oriciens du gothique qui voulaient que la lumi\u00e8re, symbole de Dieu, puisse inonder l\u2019int\u00e9rieur de leur \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre-Dame, prot\u00e9g\u00e9e par ses d\u00e9mons qui narguent depuis huit cents ans la population et l\u2019aspergent de leurs crachats, peut bien s\u2019effondrer. Dieu n\u2019y a de toute fa\u00e7on jamais mis les pieds. Qu\u2019un homme \u00e0 la Lib\u00e9ration y ait tent\u00e9 d\u2019assassiner le G\u00e9n\u00e9ral aurait d\u2019ailleurs d\u00fb suffire \u00e0 la faire raser.<br>Monsieur le pr\u00e9sident, l\u2019urgence est ailleurs, bien loin de votre palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, aux confins du Royaume, tout au bout d\u2019une vigne des Corbi\u00e8res. C\u2019est ici que vous trouverez plus s\u00fbrement qu\u2019\u00e0 Paris le symbole de la r\u00e9silience de tout un peuple.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"has-text-color wp-block-heading\" style=\"color:#134f07\">Dieu et la Nature ne font qu\u2019un<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux fl\u00e8ches obsc\u00e8nes qui d\u00e9fient le Tout-Puissant, s\u2019oppose l\u2019humble clocher de la petite chapelle Sainte-F\u00e9lix. Aucune sculpture ne vient ici troubler le moellon brut de la fa\u00e7ade. Ceux qui ne savent pas lire ne se verront pas raconter des salades sur la vie \u00e9ternelle. Ils ne verront que des pierres dispos\u00e9es avec science par des ma\u00e7ons anonymes venus de Lombardie, honn\u00eatement r\u00e9tribu\u00e9s avec le fruit du labeur des illettr\u00e9s, illettr\u00e9s qui connaissent mieux que personne les lois du Vivant. \u00c0 la ville, on apprend moins \u00e0 planter les pommes de terre qu&rsquo;\u00e0 parader avec \u00e9l\u00e9gance en public. Dans ce coin retir\u00e9 du monde, l\u2019homme daigne se pr\u00e9senter devant Dieu en guenilles car son Dieu c\u2019est avant tout la Nature. S\u2019il a tenu \u00e0 b\u00e2tir une chapelle ce n\u2019est pas pour s\u2019y faire haranguer par un pr\u00e9dicateur illumin\u00e9. Non. C\u2019est juste que parfois la Nature gronde et fait douter de sa bont\u00e9. Alors \u00e0 l\u2019abri de ses col\u00e8res, il peut venir s\u2019y prot\u00e9ger comme dans le ventre rond d\u2019une m\u00e8re. Et prier. Prier pour amoindrir ses souffrances et celles de ses semblables, prier sans chercher \u00e0 comprendre l\u2019inexplicable, sans donner cr\u00e9dit aux balivernes qui accusent de sorcellerie celui qui ne vit pas pareil, celui qui a pris \u201cune autre route\u201d. Juste prier. Et puis se prot\u00e9ger des autres, des puissants qui confisquent, pillent et violent au gr\u00e9 des guerres et des croisades. L\u2019obscurit\u00e9 enveloppe et prot\u00e8ge aussi. Quelle curieuse id\u00e9e que de vouloir, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du Christ, prier sans pudeur en pleine lumi\u00e8re sous l\u2019\u00e9clat ostentatoire de vitraux somptueux. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de la petite chapelle romane, la p\u00e9nombre laisse entrevoir la clart\u00e9 des \u00e2mes, et masque aussi parfois les larmes. Celui qui va seul et triste, trouvera \u00e0 coup s\u00fbr dans ce lieu obscur \u00e0 qui s\u2019adresser. \u00c0 moins que d\u2019ici l\u00e0 tout le b\u00e2timent ne s\u2019effondre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela fait aujourd\u2019hui bient\u00f4t dix ans que le plafond de Saint-F\u00e9lix n\u2019en finit pas de s\u2019\u00e9crouler. Aucun tableau, aucun jub\u00e9 et pas de tr\u00e9sor \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, aucun bien marchand \u00e0 mettre en gage pour assurer sa r\u00e9fection. A l\u2019oppos\u00e9 de Notre-Dame, le d\u00e9nuement total auquel la soumet ses origines modestes facilite pourtant l\u2019exploration de nos richesses intrins\u00e8ques. Aucun \u00e9crit ici n\u2019a la pr\u00e9tention de r\u00e9v\u00e9ler le sens de la vie. Mais l\u2019endroit est id\u00e9al pour trouver un sens propre \u00e0 la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les bords du chemin qui va du village \u00e0 la chapelle, s\u2019abandonnent en route les ranc\u0153urs qui pourrissent l\u2019existence. \u00c7a fera du bel engrais pour les ronces. Arriv\u00e9 au pied de la chapelle, tout s\u2019apaise. Il pourrait s\u2019y r\u00e9gler \u00e0 l\u2019avenir les conflits inh\u00e9rents \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9, s\u2019y adonner \u00e0 la tol\u00e9rance de l\u2019autre, s\u2019y pardonner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut d\u2019abord obtenir au plus vite les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9paration de son toit, tomb\u00e9 bien avant celui de la cath\u00e9drale et sous lequel jamais aucun crime n\u2019a jusqu\u2019ici \u00e9t\u00e9 foment\u00e9.<br>Obtenir ces fonds \u00e0 tout prix, quitte \u00e0 forcer un peu le trait..<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle est enfouie au fond d\u2019une vigne, \u00e0 l\u2019or\u00e9e d\u2019une petite for\u00eat de ch\u00eanes verts, en contrebas du village de Castelmaure qui l\u2019a longtemps surplomb\u00e9e avant de tomber en ruine. Neuf cents ans de pri\u00e8res, de peines et de pardons ont gliss\u00e9 sur ses pierres qui menacent aujourd\u2019hui \u00e0 leur tour de s\u2019effondrer. 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