Archives mensuelles : août 2020

Celle par qui le scandale est arrivé

Cela fait plus de six mois maintenant qu’un habitant d’Embres a été calomnié en public sans que personne ne lui ait encore présenté d’excuses. Six mois, c’est long. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que ceux qui sont à l’origine de cette infâmie reconnaissent leur faute et lui demandent pardon ?

Corridavirus

A Béziers, le très catholique maire de la ville a décidé de célébrer la Vierge Marie en faisant couler le sang des taureaux. Supporteurs et opposants se sont donc retrouvés ce samedi 15 août 2020 pour s’invectiver à travers les rues de la cité Biterroise sous l’œil vigilant de la police municipale .

Cagnard et pinard, un mélange explosif

Les deux hommes sont attablés à la terrasse du restaurant. Ils terminent leur déjeuner, arrosé d’une bouteille de rosé bien frais. Malgré l’ombre des platanes et leur élégant Panama, la chaleur du soleil fait suinter leurs visages marqués par les ans. En plein cagnard du 15 août, ils sont venus prendre le frais et se détendre comme de nombreux autres clients du Grand Café. Ils se rendront peut-être en fin de journée aux arènes de la ville assister à la corrida. Béziers fait en effet partie de la cinquantaine de ville en France qui n’a toujours pas aboli ce type de spectacle et les aficionados ont envahi la ville. Les manifestants pour la défense des animaux également.

Une paire de fesses, un orifice et deux noisettes

Les deux amis, qui comptaient terminer tranquillement leur repas, voient soudain débouler sur l’esplanade de la mairie une cohorte bruyante et bigarrée d’opposants à la tauromachie. Dans le même temps se sont déployés le long de l’allée Paul Ricquet des membres de la police municipale. Ces forces de l’ordre encadrent avec calme et respect le cortège depuis leur départ du jardin de la plantade. Grâce à eux, plusieurs incidents ont été évités sur le trajet comme cette vive altercation intervenue devant les halles entre des manifestants remontés et un cafetier aviné soutenu par un groupe de femmes et d’hommes habillés de polos roses, le verre de rosé à la main. La plupart sont jovials et souriants. Un autre hilare a quelques minutes plus tôt baissé son pantalon et exhibé fièrement son postérieur nu au passage du cortège ; un postérieur bien arrondi et poilu d’où pendaient deux petites noisettes, peu comparables avec celles du taureau qui sera mis à mort ce soir après avoir ajouté peut-être un orifice à son bourreau avant de trépasser sous les applaudissements d’une foule venue nombreuse le voir agoniser. Alors, et malgré les moqueries bon enfant de ces persifleurs, quelques protestataires prennent la mouche et leur répondent par des insultes avant de continuer leur progression jusqu’à la mairie.

Aux abords de l’hôtel de ville, les clients des restaurants, soudain perturbés par les sirènes et les cris, expriment leur mécontentement. Des jeunes gens attablés se mettent à siffler puis hilares éructent quelques grossièretés. A quelques tables de distance, les deux hommes s’agacent également. L’un d’eux est pris à partie par un manifestant qui est prêt à en venir aux mains. Excédé, il se lève, écarte sa chaise et fait mine de retirer sa veste quand deux policières viennent d’une voix douce et ferme rétablir le calme.

Entre l’insulte et le dialogue, les manifestants ont choisi

Le maire, entouré de quelques conseillers, a pris place sur l’esplanade et écoute sagement Sophie Maffre-Baugé la responsable de l’association Colbac (Comité de Liaison Biterrois pour l’Abolition de la Corrida) l’interpeller avec respect, le micro à la main. Sa voix, diffusée à travers de puissantes enceintes, inonde l’allée et ses établissements. Le propriétaire de l’un d’eux, excédé, vient chasser violemment de sa terrasse l’un des manifestants qui tombe à terre. Encore une fois, la police intervient et sépare les deux hommes. C’est maintenant à Robert Ménard de prendre la parole au milieu d’un public hostile. Les sifflements retentissent et couvre sa voix. Il menace alors de se retirer, rappelant qu’il n’était pas obligé d’autoriser cette manifestation et encore moins d’y prendre part. Sophie Maffré-Baugé intime le silence aux indisciplinés. L’ancien président de Reporters Sans Frontières, désormais de l’autre côté de la barrière, agit comme le faisaient en son temps les dictateurs auxquels il s’opposait et tente de justifier l’injustifiable avec des prétextes aussi absurdes que celui de la tradition. Comme le lui répondra plus tard le représentant de l’association L 214, au nom de l’exception culturelle, on pourrait tout aussi bien autoriser l’excision des femmes. Ou bien lui rappeler que pendant des siècles en France et par tradition les femmes n’avaient pas accès à l’éducation, devaient obéir à leur mari qui avait le droit de les battre, voire dans certains cas de les tuer. Et que s’il tient tant aux traditions, il devrait réhabiliter celles qui ont disparu parmi nombre de chrétiens comme lui, comme le devoir d’accueil des miséreux. Bravache, le maire est pourtant prêt au dialogue, quitte à se voir confronter avec ses propres contradictions. Mais la foule l’en empêche. Les sifflets et les insultes reprennent sous l’œil un peu désolé des organisateurs. Alors, le pas calme et tranquille, Robert Ménard suivi par sa petite troupe, quitte l’esplanade après avoir confirmé sa présence le soir même dans les arènes.

Puisque le dialogue est impossible, que la bête meure

Une mise en scène macabre prend le relais. Accroupis, le coup ensanglanté comme celui des taureaux qui seront bientôt sacrifiés, des figurants immobiles miment l’exécution de l’animal sur un fond de musique classique. Une arène improvisée autour des manifestants bloque la vue du spectacle aux passants. Le cliquetis des verres et celui des couverts en argent a repris. Les garçons de café virevoltent entre les chaises et déposent sur les tables des assiettes remplies de morceaux de viande rouge. Les deux amis terminent leur verre. L’un d’eux se tourne et s’adresse à moi. Il s’avoue autant désolé d’avoir été importuné que d’avoir réagi un peu violemment aux provocations.
Avec eux comme avec le maire, la discussion semblait possible. Il aura suffi de quelques insultes et d’un manque de respect évident de certains manifestants pour tout gâcher.

Un maire au ban de l’école

Sacré farceur ce Gérard. Se lancer à plus de 75 ans dans une carrière de comique, il fallait oser. Mais quand tout vous réussit, pourquoi ne pas tenter, quitte à user de blagues potaches un peu éculées. Comme cette invitation lancée à la population par voie d’affichage à venir assister au conseil municipal du 13 août. Et pour attirer le chaland, rien de mieux que d’annoncer la présence d’une personnalité locale, en l’occurrence Hervé Baro, le vice-président du conseil Général.

Le jour venu, nous ne sommes en fait que deux habitants du village à tomber dans le panneau et à nous présenter devant l’entrée de l’ancienne école des filles, transformée depuis en salle polyvalente de la mairie. Une conseillère qui se prépare à entrer me salue poliment puis me demande si je viens assister au conseil. “Oui” lui réponds-je, “bien” acquiesce-t-elle souriante avant de s’engouffrer dans la salle.

A l’intérieur, la plupart des conseillères et conseillers sont assis bien sagement autour d’une grande table de réunion. Ici, la parité au moins est respectée. Une deuxième personne qui souhaite également assister au conseil vient d’entrer derrière moi. Il s’agit de Marie-Louise Dupas, la tête de liste de l’opposition aux dernières municipales. A la vue de nos deux faciès, le maire, qui se tient à l’autre bout de la table blêmit puis nous lance de sa voix légèrement perchée un aimable “pas de public, pas de public !”.

Interloqué, je lui demande alors à qui pouvait bien s’adresser la convocation à cette réunion qu’il avait fait placarder quelques jours plus tôt dans le village ? Je saisis ledit avis et décide donc de lui en faire la lecture :

“Madame, Monsieur, Je vous prie de bien vouloir participer à la séance qui aura lieu le : Jeudi 13 août 2020 à 17 heures Salle polyvalente 10 rue de la mairie”,

puis lui demande son avis quant au fait qu’il s’oppose à son propre avis. Peine perdue. Il n’a aucun avis là-dessus. Un conseiller lui signale alors que si le conseil se tient à huis clos, le point numéro deux de l’ordre du jour ne pourra être abordé. Les yeux écarquillés par la stupeur, le maire balbutie, éructe, vocifère mais ne répond pas et balaie l’argument juridique de l’effronté. Le point est pourtant clair :
“Le huis clos n’est prohibé que lorsque le conseil municipal délibère sur certains rapports d’intérêts autorisés, dans les communes dont la population ne dépasse pas 3 500 habitants, entre certains de ses membres et la commune (article 432-12 du code pénal)”. Patrick Mary, déjà grassement remercié par le maire, devra patienter encore un peu avant de se voir attribuer des travaux ponctuels pour la commune. “Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose” disait Francis Bacon en omettant de préciser que cela pouvait être aussi une source de profits pour son auteur.

Le petit Gérard qui tient décidément beaucoup à lui prouver sa gratitude, n’a ni relu sa copie ni révisé ses leçons et n’en a cure. Il blâme plutôt la secrétaire de mairie qui a omis de placarder à l’entrée du bâtiment que la réunion se tiendrait à huis clos.

C’est le côté blagueur et injustement méconnu de Gégé la déconne : faire croire aux habitants d’Embres qu’ils sont les bienvenus à la mairie et une fois arrivés devant l’entrée leur claquer la porte au nez tout en accusant la vilaine secrétaire de ne pas avoir affiché qu’ils n’étaient en fait pas les bienvenus.

Alors et plutôt que de filer au coin avec un bonnet sur la tête, il nous lance bravache un aimable “sortez ou bien j’appelle les gendarmes !” Guignol qui se met à appeler le gendarme : décidément ça ne tourne pas bien rond chez Monsieur le maire. Mais qui a bien pu avoir l’idée saugrenue de le placer tout en haut de l’estrade ? Brigitte Robert s’en excuserait presque et suggère d’une voix douce que l’on puisse au moins discuter. Peine perdue, le cancre tient sa revanche et insiste pour que nous sortions sous les yeux ébahis du vice-président du Conseil Général.

A l’intérieur, la petite représentation se jouera donc à huis clos, au mépris des lois et du respect des villageois. Il y sera pourtant question du passionnant projet du Parc Naturel Régional Corbières-Fenouillèdes qui nous concerne tous. Projet qui va à l’encontre de celui que défend Gérard Bénézis et qui concerne l’implantation d’éoliennes sur le plateau. Il faut juste espérer qu’Hervé Baro, également président du syndicat mixte de préfiguration du Parc Régional Corbières-Fenouillèdes ne l’interroge pas à ce sujet. Dans le cas contraire, le maire d’Embres pourra toujours blâmer la secrétaire pour l’avoir mal informé sur la nuisance de ces engins ou bien aller dans le sens du vent, avaler son bonnet d’âne et renoncer à promouvoir l’implantation des turbines sur la commune.

Dehors, le ciel est légèrement orageux. La grosse cloche placée au sommet de la mairie vient de sonner ; au-dessus d’elle, la girouette, avec le vent, n’arrête pas de tourner.

Tout un symbole.