Archives mensuelles : mai 2024

Château Lastours carbure au CO2

Dans l’Aude, la pluie providentielle a enfin arrosé les vignes. Mais le soulagement est de courte durée. En ce mois de mai, la grêle peut encore frapper, les sangliers rôdent et les maladies menacent toujours le vignoble. Au village, certains ont déjà jeté l’éponge, d’autres préparent leur départ à la retraite ; reste ceux qui veulent y croire, s’accrochent et se battent pour continuer à vivre d’une activité chaque jour plus précaire.

Alors, quand le pire des fléaux du moment s’invite au village, chez certains, c’est la consternation.

Les carrosses paradent devant les manants

Par un week-end ensoleillé, le premier pick-up flambant neuf pénètre dans le village. Derrière lui, une cohorte de 4X4 Mercedes, lustrés des jantes au capot, se faufile à son tour dans les rues étroites d’Embres & Castelmaure. En tout, une quinzaine de véhicules paradent sous le regard interloqué de ces habitants. A 150 000€ l’auto, ce sont plus de 2 millions d’euro qui leur passent sous le nez d’un coup, le montant que la coopérative vient d’investir pour agrandir leur cave.

La petite troupe, après avoir traversé le village, continue sa route à travers les Corbières.

Dès le lendemain vers les treize heures, ils sont de retour.

Et chaque jour pendant près de trois semaines, ils vont venir déverser leur dioxyde d’azote et de carbone parmi la population et la nature environnante.

Droit à polluer, tout frais payé

En 2018 déjà, un article élogieux paru dans l’Indépendant faisait mention de cet événement mondial organisé par la fameuse marque allemande (26/04/2018 : L’Aude et les P.-O. choisis par Mercedes pour une présentation mondiale du nouveau Classe G). Des journalistes du monde entier avaient débarqué en jet privé à Perpignan avant d’essayer ces machines à polluer en pleine Corbières sauvages.
Six ans plus tard, et prétextant un événement privé, Château Lastours reste très discret sur l’événement. C’est pourtant bien chez eux que les invités se retrouvent pour profiter de leur circuit privé avant de filer aux volants de leurs engins à travers les routes de l’Aude brûler seize litres de diesel aux cent kilomètres .

Réveillez-vous, monsieur Allard,

La passion du propriétaire pour les sports mécaniques semble difficilement compatible avec son activité viticole et sa conversion au bio. Tout millionnaire qu’il est, il a lui aussi besoin d’eau pour ses vignes et d’air pour ses poumons. Et continuer à faire rugir de grosses cylindrées ne suffira pas à couvrir les hurlements des climatologues.

Il ne fera au contraire qu’exaspérer davantage les paysans, premières victimes dans les Corbières du réchauffement climatique.