Archives mensuelles : mars 2021
Les variants et les déviants
L’ennemi public n°19
Il monopolisait tout l’espace médiatique, avait fait replier les tentes de réfugiés et disparaître les conflits, effacé les supporteurs avinés des stades et les trainées dans le ciel. En même temps qu’il condamnait les théâtres et les cinémas du pays, il en occupait toutes les scènes. On avait eu Mesrine et ses flingues, on attendait anxieux Covid et ses seringues.
Comme toutes les grandes figures du banditisme, il se montrait irrationnel en épargnant la doyenne nationale à la veille de ses cent dix-sept printemps, insaisissable en séjournant dans un foyer de la Côte d’Azur quand on le traquait parmi les pangolins, versatile avec ceux qui l’avaient fréquenté en leur faisant croire qu’ils seraient immunisés.
Les autorités publiaient son portrait-robot basé sur des informations incomplètes ou erronées. Certains témoins jugés douteux, sans doute à cause d’une coupe de cheveux non règlementaire ou d’une blouse portée de travers, avaient été écartés – quand on veut faire sérieux, vaut mieux ne pas habiter Marseille – D’autres, qui multipliaient pourtant les déclarations contradictoires, jouaient un rôle central dans l’enquête. Les ministres se démentaient les uns les autres sous l’œil incrédule de leur chef qui voyait sa fin prochaine arriver. L’inspecteur Clouzot était aux commandes pendant que les tontons se flinguaient entre eux.
Le virus comme le gouvernement varie, bien fol qui s’y fie.
Alors bien sûr, et comme dans tous les films de gangsters, le public s’attachait à ce virus insolent qui contrairement à eux, continuait à se déplacer en toute liberté, narguait la police et défiait les scientifiques. Pour un peu, ils en auraient oublié la peur. Il était grand temps pour les ministres de réagir en conseil. Quand un danger ne fait plus peur, il faut en inventer un plus grand, semblait souffler Véran à l’oreille de son chef. Et celle qui marchait à tous les coups avec une majorité des français, c’était bien la peur de l’étranger. Du Juif à l’Arabe, du métèque au nègre, du Pollack au Rital, sus à l’envahisseur !
Voilà notre virus national qui allait bientôt devoir affronter la terrible pègre étrangère. Avant le Mexicain et sa réputation de cador, voici que déferlait des côtes anglaises un mutant : le Sars-cov-2 à grandes oreilles, 65% plus mortel que le nôtre, dixit les experts. Et là, coup de génie de nos leaders : ressortir l’épouvantail Napoléon de son tombeau, le seul français qui ait jamais mis une pâté aux anglais. Le Brexit n’avait pas réussi à bouter le rosbif hors du continent ? L’Empereur y parviendrait ! Ah, le génie des grands hommes qui nous gouvernent. Avec eux, il suffisait de brandir un bicorne pour faire fuir le virus.
Les veaux votent
Ils n’avaient tout simplement pas compris les mots du Général. Les Français étaient des veaux soit. Mais De Gaulle veillait à ce que le lait de la vache nourrisse ses petits et pas des profiteurs sans scrupules. Ses successeurs voulaient voir mener le peuple à l’abattoir par quelques blouses blanches corrompues et profiter seuls des mamelles de leur mère. Grâce au virus, ils se voyaient déjà mettre la main sur le grisbi, toucher le pactole. Ils tentaient pour y parvenir de bâillonner les grandes gueules, de discréditer ceux qui doutaient de leur politique erratique, inondaient les médias de leur propagande, ignorant du même coup la méfiance que cette politique engendrait à leur égard.
Le peuple n’irait pas à l’abattoir mais devrait choisir : soit cautionner une logique gestionnaire du privé introduite dans les services publics au nom du pragmatisme* ou bien la condamner. En clair, confisquer le grisbi au privé pour le refiler au public ou bien renoncer à vivre libre et prendre perpet.
*Déclaration de Rony Brauman
NB : Le Variant des Corbières est le titre d’un journal publié par Gérard Manvussa à Villeneuve-les-Corbières