Michel Dupas devant le monument aux morts, 11 novembre 2020

Garde-à-vous

Un rameau d’olivier surmonté d’une large croix de guerre coiffe la colonne en ciment blanc. A sa base, une plaque en marbre porte l’inscription “La commune d’Embres & Castelmaure reconnaissante à ses enfants morts pour la patrie”. A quelques mètres, un homme en costume sombre portant béret et décorations, se tient au garde-à-vous, le regard droit et fixe.

Au pied de l’édifice, une couronne de fleurs vient d’être déposée par le maire, venu quelques minutes plus tôt avec ses adjoints commémorer la signature de l’Armistice et l’ensemble des morts tombés pour la France. Michel Dupas, sous-officier parachutiste à la retraite, contrairement aux années précédentes, n’a pas été convié à les rejoindre. Avant d’aller rendre hommage à ses frères d’armes, il s’est posté devant l’entrée principale du cimetière et attend sagement son tour. Un adjoint arrivé en retard ose à peine le regarder, franchit la grille d’entrée, plonge une main dans sa poche pour en sortir comme il aurait fait d’un mouchoir une écharpe tricolore et rejoint ses collègues. C’est le même homme qui neuf mois plus tôt l’avait calomnié en public.

Michel ne bronche pas. C’est un militaire. Il est venu rendre hommage à ceux qui comme lui ont risqué leur vie au service de la France. Les autres peuvent bien porter l’écharpe en cartouchière, cela ne fera jamais d’eux des anciens combattants. Le discours d’usage une fois récité suivi par quelques minutes de recueillement, les voici sur le départ. Certains empruntent à nouveau l’entrée principale, d’autres, à commencer par le maire et son adjointe, préfèrent s’échapper par un petit portillon à l’arrière du cimetière. Après avoir salué le courage de ceux qui sont morts dans les tranchées, ils n’osent pas affronter le regard de celui qu’ils ont voulu trainer dans la boue.
Michel est maintenant seul face au monument. Il se tient droit et fier. Comme il l’avait été avec le maire quand ce dernier par trois fois lui avait proposé de rejoindre sa liste aux dernières municipales et que par trois fois, il avait refusé. Droit et fier, il l’est resté malgré les accusations calomnieuses portées contre lui neuf mois plus tôt par ceux qui lui en voulaient tant d’avoir rejeté pourtant poliment cette proposition.

Le soleil fait scintiller les médailles qu’il porte à la poitrine. Après un dernier salut, il quitte le monde des morts et rejoint celui plus trivial des vivants. Au loin, la petite clique regroupée autour de leur élu se perd en palabres. Il n’y prète aucune attention, se masse le coude fracassé l’été dernier par un habitant du village. En bon militaire, une fois de plus, il la ferme et encaisse, confiant en la justice qui lui sera un jour rendu.

Confiant sans doute aussi en ses amis qui ne sont pas venus.

Aussi, et malgré un grand ciel bleu, voir cet homme digne et courageux dans son costume sombre s’éloigner seul du cimetière est d’une grande tristesse.

2 commentaires

  1. Bravo Antoine, merci d’être allé avec notre mich, hier quand tu m’as dis le déroulement de la journée, la nuit qui a suivie à été longue.
    Je pourrais inventer des excuses, il n’en sera rien.
    Michel DUPAS, parce que nous oublions, parce que j’ai oublié, parce que nous sommes maladroits,parce que j’ai été maladroit, je te présente de plates excuses, de pas être venu au monument aux morts, pas que pour ces MILITAIRES morts aux combats, mais pour toi et pour ceux qui voient des atrocités, et qui les vivent.
    je sais qu’au sein de notre entourage , beaucoup se sentent comme moi. Amitiés…A très bientôt.
    Christophe.

  2. Bonsoir
    Le public n’était pas autorisé à assister aux commémorations du 11 novembre.
    https://www.defense.gouv.fr/actualites/la-vie-du-ministere/communique_journee-nationale-du-11-novembre-2020-relative-a-la-commemoration-de-la-victoire-et-de-la-paix-et-d-hommage-a-tous-les-morts-pour-la-france
    Mais tout un chacun pouvait réaliser sa promenade hebdomadaire en passant par le cimetière et rendre hommage a sa manière aux soldats morts en 14-18.
    Pour ce qui me concerne mon grand-père maternel Laurent Espinet sous lieutenant, figure parmi les dix ou onze hommes du village tués lors de cette guerre. Le souvenir laissé par l’armistice auprès de ma mère et de ma grand-mère, est un jour d’une très grande tristesse.
    Michel Dupas est un caballe-éro à sa manière, c’est à dire un monsieur digne.
    J’espère que le » fléau « du village va bien. J’entends par fléau, l’outil qui sépare le grain de la paille.
    Christian

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *