“Nous sommes en guerre”.
Lors de son allocution du 16 mars, le président l’avait répété six fois.
La guerre et pourquoi pas l’Apocalypse ?
Non, la France n’est pas en guerre ; il suffit de lire la définition de ce qu’est la guerre ou demander à ceux qui l’ont vécue pour s’en rendre compte. Les réfugiés qui s’entassent dans les camps installés à la hâte aux frontières des pays riches dont nous faisons partie, ont dû avoir le rictus amer en écoutant le chef de l’Etat français se risquer à de telles comparaisons.
Voici qu’à la veille du premier mai, le gouvernement en remet une couche et publie une carte de France qui la sépare en deux : à l’est, les régions les plus touchées par la pandémie et à l’ouest celles qui le sont le moins. Il existe désormais deux zones en France, la zone de confinement strict et la zone de confinement modéré. Autant dire la zone occupée et la zone libre.
Pas encore la débâcle non plus
Le pays n’a pourtant pas capitulé. Alors bien sûr, nous étions censés avoir la meilleure armée du monde, à savoir notre système de santé mais au moment de livrer bataille, les troupes se sont avérées sous-équipées et mal préparées. De plus, la Patrie, aujourd’hui reconnaissante, venait de régler la grogne du corps médical à coups de matraques. Autant dire qu’à la veille de l’offensive, le moral au sein des bataillons n’était pas au plus haut. La débâcle semble avoir été évitée de justesse et les mensonges et autres approximations venus de l’état-major l’ont confirmé depuis.
En juin 1940, l’exode avait jeté près d’un Français sur deux sur les routes. En les confinant, le gouvernement d’Edouard Philippe a su contenir le phénomène. Moins d’un parisien sur cinq arrive à fuir la capitale juste avant l’application des mesures restrictives. L’accueil qui leur est fait sur leur lieu de villégiature n’est pas sans rappeler certains moments sombres de l’Occupation. Quelque-uns de nos compatriotes iront même jusqu’à refuser, par peur de la contagion que soient hébergés près de chez eux des soignants comme ils auraient à coup sûr refusé de cacher des Juifs ou des résistants.
Le village d’Embrès n’a pas encore été confronté à une pareille situation. Si cela devait être le cas, les croix de Rogations placées aux entrées du village ne suffiraient sans doute pas à repousser ces réfugiés pandémiques.
Quelle serait alors notre attitude vis-à-vis de nos compatriotes moins chanceux ?
Du bon côté de la ligne de démarcation
Personne aujourd’hui comme hier, ne sait combien de temps durera cette période. Il existe désormais à nouveau deux mondes bien distincts : celui dans lequel des Hommes en sont réduits à regarder à travers la fenêtre de leur appartement d’autres fenêtres d’appartement et n’ont pour seule possibilité d’évasion qu’un petit carré de ciel bleu, et celui où le dehors reste accessible. C’est le monde dans lequel nous vivons à Embres. Les usines peuvent s’arrêter de tourner, les magasins fermer, il y aura toujours moyen de se nourrir avec ce que la Nature nous offre. Certains habitants bienveillants s’organisent déjà avec des producteurs locaux pour assurer l’approvisionnement du village. Et le confinement risque de durer, voire de se répéter.
Après les Ausweis, les tickets de rationnement ?
Se préparer au pire évite d’être déçu par l’avenir. Mieux, cela oblige à trouver des solutions nouvelles ou réutiliser celles qui ont fait leurs preuves. Si, pour traiter les vignes, les fertilisants et les fongicides industriels ne sont plus accessibles, il faudra revenir aux méthodes traditionnelles plus respectueuses de la Nature. Si l’essence vient à manquer pour passer la herse, il faudra relancer la traction animale comme c’est déjà le cas à certains endroits. Réapprendre à se soigner avec les plantes, éviter de tomber malade en adoptant une hygiène de vie plus saine car les docteurs comme les pharmacies seront encore moins accessibles qu’aujourd’hui.
Ce mode de vie qui paraissait si lointain encore hier, est désormais dicté par notre instinct de survie. Il est plus que temps de lui prêter une oreille attentive.
Le Conseil Communal de la Résistance
Ceux qui refusent de voir l’échéance de ce dilemme fatal, ressemblent furieusement à ceux qui préféraient hier rogner sur les dépenses de santé plutôt que sur les profits. S’ils refusent maintenant, tout de suite de se confronter à la réalité, ils finiront comme Midas, couverts d’or et affamés. Organiser la Résistance consiste aujourd’hui à se préparer au monde de demain. Il a fallu trois ans sous la botte nazie pour qu’elle s’organise et s’unifie au niveau national. Aristocrates, communistes, anarchistes, républicains, juifs, réfugiés espagnols, immigrés ont fini par se battre côte à côte pour défendre la Liberté et donner naissance au Conseil National de la Résistance. De ses entrailles est sortie la sécurité sociale et universelle à qui sont particulièrement redevables aujourd’hui tous ceux qui chaque jour guérissent du coronavirus.
Un village est aussi fait de tout plein de gens bien différents. En temps normal, chacun peut vivre de son côté, se préserver d’un voisin trop envahissant, assister ou pas aux réunions publiques, vivre sa vie. Il en va désormais tout autrement. Que le confinement dure ou pas, il doit être un bon prétexte pour réfléchir ensemble à notre avenir commun. Alors pourquoi ne pas créer un conseil communal pour se concerter et malgré nos différences, grâce à elles aussi, préparer l’avenir ?