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Vue d'Embres à l'aurore depuis les ruines du village de Castelmaure

Un village aux confins de la galaxie

L’horloge de la mairie vient de sonner les douze coups de minuit. Minuit n’est plus, depuis bien longtemps, l’heure du crime*. Pourtant, les rues du village restent, à la tombée du jour, obstinément éclairées par le halo des lumières artificielles comme si les chauffards qui avaient provoqué l’exode des derniers habitants de Castelmaure au XIXe siècle sévissaient toujours aux coins des rues. Cet éclairage public, qui n’a désormais plus lieu d’être, continue pourtant de nuire à notre sommeil et à la vie animale. Il prive également les noctambules du spectacle grandiose qu’offre un ciel étoilé, et tente sournoisement d’effacer de leur conscience leur filiation avec l’univers.

Aux origines de l’éclairage public

Au moyen âge, les rues des villes, à commencer par celles de la capitale, sont de véritables coupe-gorges. Dès la nuit tombée, les brigands y règnent en maîtres. Les ordonnances royales qui intiment aux Parisiens d’éclairer la façade de leur maison à l’aide d’une chandelle, ne sont pas respectées. Les plus riches s’assurent l’escorte d’un porte-lanterne pour regagner sain et sauf leur foyer tandis que les cadavres des moins fortunés flottent au petit matin, inexorablement sur la Seine. Il faut attendre l’avènement du roi-soleil pour que la lumière se répande sur le pays : sous Louis XIV, les rues voient en effet apparaître leurs premières lanternes publiques et deviennent plus sûres. L’arrivée du gaz puis de l’électricité au XXe siècle, permettra la généralisation de l’éclairage nocturne. Entretemps, le crime, cause initiale de la prolifération des réverbères, s’est lui aussi modernisé et préfère désormais s’effectuer au grand jour*. Cela n’a pourtant pas remis en question la débauche d’énergie générée aujourd’hui encore pour l’éclairage des communes françaises.

A qui profite les lumières de la ville ?

La fée électricité a deux défauts de taille : ce qu’elle produit ne se fait pas d‘un coup de baguette magique et réclame des investissements colossaux avant la production du premier kilowatt. Et une fois que sa machine est lancée, il devient presque aussi coûteux de l’arrêter.
De plus, elle produit une énergie qui ne se conserve pas. Il faut donc la consommer immédiatement ou la perdre. La rentabilité guidant les investisseurs, elle les encourage à optimiser la consommation de cette énergie, de jour comme de nuit. Car même si nous avons accès à la moins chère du monde grâce au nucléaire, elle a toujours un coût qu’il faut payer. Sachant que près de 40% de la facture d’électricité d’une commune concerne son éclairage public**, certains villages, comme celui de Lévignac en Haute-Garonne, en ont décidé l’extinction entre minuit et 5.30 du matin. Résultat : une économie des dépenses annuelles de 9000€ pour un village d’environ 2000 habitants. Rapportée à l’échelle d’Embres, l’économie serait d’environ 1000€ par an.

Pourquoi rester confiné à l’écart de la Nature ?

Bafouer ses lois nuit à notre santé et mène à la catastrophe. Il est ainsi prouvé que le manque d’obscurité pendant la nuit, freine la sécrétion de la mélatonine par notre cerveau, une hormone indispensable pour le bon déroulement du sommeil. L’étanchéité des volets qui équipent la plupart des fenêtres de nos vieilles maisons laisse parfois à désirer et ne nous préserve pas toujours de l’insomnie. Alors plutôt que d’en changer, ne serait-il pas plus simple d’éteindre la lumière ?

Selon la LPO, cette pollution est également la deuxième cause de mortalité des insectes après les pesticides. En dehors des papillons de nuit qui ne pollinisent plus, la disparition des insectes entraîne celles des oiseaux et des chauves-souris, déjà désorientés la nuit par les lumières artificielles. Même les plantes souffrent d’une photosynthèse dégradée due à la chute retardée de leurs feuilles. Alors, quel argument peut encore résister à la diminution de cette pollution nocturne majeure ?

Et si Embres s’inscrivait sur la liste des villages étoilés ?

La pandémie actuelle nous a rappelé que faire du profit financier une priorité menait à une impasse. Car c’est bien lui qui, en intimant les gouvernements successifs à réduire les dépenses de santé, a précipité dans la tombe près de 30 000 de nos concitoyens et confiné les autres.

Un carré d’herbes, un coin de ciel bleu, un peu d’air pur sont d’un coup devenus, aux yeux des plus lucides autrement plus essentiels qu’un compte en banque bien rempli. Les coins de la planète qui auront su au mieux préserver leur diversité écologique deviendront bientôt des sanctuaires recherchés. Embres, dont la renommée repose essentiellement sur l’excellence du vin produit par sa coopérative a également la chance d’être sur le parcours du sentier cathare, l’un des plus prestigieux de France. Inscrire la commune sur la liste très restreinte des villages étoilés*** et devenir ainsi le quatrième village de l’Aude à y figurer, augmenterait encore sa notoriété et donc sa fréquentation.

Stopper l’épidémie d’éoliennes

Entreprendre une telle démarche impose un minimum de cohérence.
Au milieu de la nuit, dans le village, l’éclairage public fait fuir les étoiles remplacées plus loin par les éclats rouges et blancs des éoliennes. Ces monstres de carbone qui n’en finissent pas de faire fantasmer les maires de certaines communes, font également partie des pollueurs. Hormis les 1500 tonnes de béton coulées pour l’éternité au pied de chacun de leur mât gigantesque, le problématique recyclage de leurs pales, et les oiseaux qui s’y fracassent par temps de brouillard, elles violent également par leur présence ce sanctuaire au milieu duquel nous avons la chance de vivre. Plutôt que d’en parsemer anarchiquement le paysage, pourquoi ne pas en concentrer l’implantation sur des zones déjà industrialisées ? La réponse, encore une fois, est à chercher du côté du profit. Les élus, parfois obnubilés par le court terme, rêvent d’un argent facile apporté par le vent, et oublient que des solutions plus durables comme le tourisme vert existent pour financer le fonctionnement de la commune. Cela implique d’investir dans une offre basée sur les qualités du village que le confinement a fait opportunément ressurgir.

A l’heure des pandémies et des catastrophes industrielles, Embres se révèle en effet comme l’un des rares lieux de villégiature en France encore intact de toute agression extérieure. Et les premiers à bénéficier de cette politique du bon sens devraient logiquement être la cave coopérative et les propriétaires de chambres d’hôtes. Autant dire la plus grande partie des villageois.

* 80% des crimes sont commis à notre époque en plein jour

** Chiffres de l’ADEME 2017

*** Il lui suffit de s’inscrire auprès de l’ANPCEN (Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne) avant le 30 septembre 2020