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Les variants et les déviants

L’ennemi public n°19

Il monopolisait tout l’espace médiatique, avait fait replier les tentes de réfugiés et disparaître les conflits, effacé les supporteurs avinés des stades et les trainées dans le ciel. En même temps qu’il condamnait les théâtres et les cinémas du pays, il en occupait toutes les scènes. On avait eu Mesrine et ses flingues, on attendait anxieux Covid et ses seringues.

Comme toutes les grandes figures du banditisme, il se montrait irrationnel en épargnant la doyenne nationale à la veille de ses cent dix-sept printemps, insaisissable en séjournant dans un foyer de la Côte d’Azur quand on le traquait parmi les pangolins, versatile avec ceux qui l’avaient fréquenté en leur faisant croire qu’ils seraient immunisés.

Les autorités publiaient son portrait-robot basé sur des informations incomplètes ou erronées. Certains témoins jugés douteux, sans doute à cause d’une coupe de cheveux non règlementaire ou d’une blouse portée de travers, avaient été écartés – quand on veut faire sérieux, vaut mieux ne pas habiter Marseille – D’autres, qui multipliaient pourtant les déclarations contradictoires, jouaient un rôle central dans l’enquête. Les ministres se démentaient les uns les autres sous l’œil incrédule de leur chef qui voyait sa fin prochaine arriver. L’inspecteur Clouzot était aux commandes pendant que les tontons se flinguaient entre eux.

Le virus comme le gouvernement varie, bien fol qui s’y fie.

Alors bien sûr, et comme dans tous les films de gangsters, le public s’attachait à ce virus insolent qui contrairement à eux, continuait à se déplacer en toute liberté, narguait la police et défiait les scientifiques. Pour un peu, ils en auraient oublié la peur. Il était grand temps pour les ministres de réagir en conseil. Quand un danger ne fait plus peur, il faut en inventer un plus grand, semblait souffler Véran à l’oreille de son chef. Et celle qui marchait à tous les coups avec une majorité des français, c’était bien la peur de l’étranger. Du Juif à l’Arabe, du métèque au nègre, du Pollack au Rital, sus à l’envahisseur !

Voilà notre virus national qui allait bientôt devoir affronter la terrible pègre étrangère. Avant le Mexicain et sa réputation de cador, voici que déferlait des côtes anglaises un mutant : le Sars-cov-2 à grandes oreilles, 65% plus mortel que le nôtre, dixit les experts. Et là, coup de génie de nos leaders : ressortir l’épouvantail Napoléon de son tombeau, le seul français qui ait jamais mis une pâté aux anglais. Le Brexit n’avait pas réussi à bouter le rosbif hors du continent ? L’Empereur y parviendrait ! Ah, le génie des grands hommes qui nous gouvernent. Avec eux, il suffisait de brandir un bicorne pour faire fuir le virus.

Les veaux votent

Ils n’avaient tout simplement pas compris les mots du Général. Les Français étaient des veaux soit. Mais De Gaulle veillait à ce que le lait de la vache nourrisse ses petits et pas des profiteurs sans scrupules. Ses successeurs voulaient voir mener le peuple à l’abattoir par quelques blouses blanches corrompues et profiter seuls des mamelles de leur mère. Grâce au virus, ils se voyaient déjà mettre la main sur le grisbi, toucher le pactole. Ils tentaient pour y parvenir de bâillonner les grandes gueules, de discréditer ceux qui doutaient de leur politique erratique, inondaient les médias de leur propagande, ignorant du même coup la méfiance que cette politique engendrait à leur égard.

Le peuple n’irait pas à l’abattoir mais devrait choisir : soit cautionner une logique gestionnaire du privé introduite dans les services publics au nom du pragmatisme* ou bien la condamner. En clair, confisquer le grisbi au privé pour le refiler au public ou bien renoncer à vivre libre et prendre perpet.

*Déclaration de Rony Brauman

NB : Le Variant des Corbières est le titre d’un journal publié par Gérard Manvussa à Villeneuve-les-Corbières

A l’école du cauchemar

Sa mère vient de le déposer devant les grilles de l’établissement scolaire. Elle lui répète une dernière fois de ne surtout pas retirer son masque, de bien se laver les mains et de garder ses distances avec les autres élèves. C’est son premier jour à l’école primaire. Il vient d’avoir six ans. Elle attend qu’il ait disparu au milieu des autres élèves pour s’autoriser à pleurer avant de remonter dans sa voiture.

Premier jour d’école

Le voici seul, livré à lui-même au milieu d’autres inconnus, tous privés d’une partie de leur visage. La cloche vient de sonner. Un grand monsieur en costume sombre apparaît sur le perron du bâtiment et leur souhaite la bienvenue. Il a des cheveux très noirs, de petits yeux marron et un nez assez fin et long en partie recouvert d’un masque en tissu gris que sa grosse voix de baryton n’a aucun mal à franchir. Gwyplaine a écouté sagement le directeur de l’établissement puis s’est regroupé avec le reste de sa classe autour de la maîtresse, une grande femme aux cheveux longs châtain, habillée d’un tailleur et d’une jupe en grosse laine de couleur verte. Une paire de bottes en cuir recouvre ses jambes jusqu’aux genoux et accentue sa taille impressionnante. Au sommet de cet édifice trônent deux petits yeux myopes retranchés derrière une grosse paire de lunettes à foyer rectangulaire qui lui dévore la partie haute de son nez tandis qu’un banal masque chirurgical en papier bleu en recouvre l’autre moitié. Sa voix est comme elle, très haut perchée. Elle se présente à la quarantaine d’élèves de sa classe, leur demande de former un rang en prenant bien garde à conserver leur distance avant de la suivre à l’intérieur de l’établissement. Les dessins des élèves de l’année passée tapissent encore les murs des couloirs. Des formes rondes et vertes hérissées de poil épais et noirs se mêlent aux traditionnels nuages blancs qui flottent au-dessus des maisons carrées à grandes fenêtres. Tous les personnages, peints ou crayonnés, portent un rectangle, le plus souvent bleu, en-dessous de leur nez. Seuls les animaux ont une bouche, comme s’ils étaient les derniers êtres vivants à pouvoir encore s’exprimer sur Terre.

Prosopagnosie

La maîtresse pousse la porte de la classe, monte sur une estrade en bois, extirpe un cadre photo de son sac et le pose à l’extrémité de son bureau. Entretemps, chaque élève s’est choisi une table derrière laquelle s’asseoir. Gwyplaine, qui porte des lunettes, s’assied au premier rang comme le lui a conseillé sa mère. Il fixe maintenant la photographie encadrée qui fait face à la classe. Il s’agit d’un portrait de leur maîtresse, souriante et sans masque. Après s’être présentée à eux et les avoir autorisés à l’appeler Alexandra, elle leur répète les consignes sanitaires avant de faire l’appel. Sa classe est au complet. Le premier cours peut alors commencer. L’exercice qui leur est demandé fait partie des mesures récemment imposées par le ministère de la Santé. Après avoir constaté plusieurs cas de troubles de la reconnaissance des visages, le conseil scientifique a mis en place un protocole scolaire pour lutter contre la prosopagnosie. Et chaque enseignant est désormais dans l’obligation d’y soumettre ses élèves. Alors, et à la demande d’Alexandra, les yeux de Gwyplaine et de ses nouveaux camarades font des allers et retours entre le visage de leur maîtresse et la photo de sa bouche jusqu’à reconstituer mentalement le visage en partie masqué de l’enseignante. Après dix minutes d’effort, l’exercice prend fin. Demain, chaque enfant devra apporter une photo de lui sans masque et répéter l’exercice cette fois-ci entre eux. Alexandra s’est levée de sa chaise. Elle a saisi une craie blanche, s’est retournée face au grand tableau noir et trace les cinq premières lettres de l’alphabet avant de les prononcer à haute voix. Gwyplaine en connaît déjà deux, le B et le E. Alors confiant et avec le reste des élèves, il répète docilement leur sonorité. Lorsque la sonnerie de la récréation retentit, chacun connaît déjà les cinq premières lettres de l’alphabet. Et lui, quatre de plus.

La re-création

Dans la cour de l’école où les enfants ont quinze minutes au milieu des feuilles mortes pour s’inventer un monde à eux, un petit groupe a vite repéré Gwyplaine qui se tient à l’écart, appliqué à se passer en permanence du gel sur les mains. Il n’a pas vu la petite bande s’approcher de lui tandis que leur chef, sans bruit est venu le surprendre par-derrière. Ils veulent qu’il retire son masque, leur prouve qu’il a une bouche et pas comme la maîtresse un grand trou noir à la place. Ils savent que la photo sur le bureau est un montage. Le chef a vu sur l’application Tiktok* le vrai visage d’Alexandra publié par l’un de ses anciens élèves. C’est un monstre. Gwyplaine a trop peur d’attraper le virus s’il retire son masque. Alors la petite bande le menace, se moque de lui et le plus hardi finit par le lui arracher tandis que le chef crache sur son visage avant de s’enfuir en hurlant “il a le virus, il a le virus !”. Gwyplaine, sous le choc, en larmes, s’essuie, passe du gel sur sa figure, ramasse ses lunettes et son masque, pleure encore, pleure toujours, seul, abandonné au milieu de la cour et désormais, il en est persuadé, infecté par le Covid.

Traumatisme

Il est retourné avec les autres élèves dans la classe. Il n’a pas dit un mot. La buée qui se forme à cause du masque dans ses lunettes cache ses larmes. Il reste une table inoccupée au fond de la salle. Il part s’y réfugier. Alexandra maintenant lui fait peur. Il n’a aucun mal à imaginer un gros trou noir caverneux à la place de sa bouche. Il passe l’après-midi à repousser des milliers de petites boules vertes et poilues venues lui pénétrer le corps. Il se fiche pas mal de l’alphabet, il veut juste rentrer chez lui, retrouver sa mère, s’enfermer dans sa chambre et ne plus jamais en sortir. Les minutes qui le séparent de la sonnerie sont interminables. L’expression de son désespoir qui, en temps normal, aurait alerté ses congénères, n’est plus lisible par personne. La cloche retentit enfin et le libère d’une partie de son angoisse. Le voici qui file vers la porte, attrape sa veste au portemanteau, sort dans le couloir, poursuivi par les monstres verdâtres qui rampent le long des murs, court à l’extérieur du bâtiment, double d’autres élèves, en bouscule certains sans plus se soucier des distances à respecter, se retrouve enfin dans la rue, cherche sa mère du regard et la trouve enfin. Elle s’approche, ne comprend pas pourquoi il refuse de lui donner la main mais, pressée, se dirige vers la voiture, lui ouvre la portière arrière, l’installe dans son fauteuil puis prend le volant. Sa journée à elle aussi s’est mal passée. Le licenciement la guette et son ex-mari, le père de son fils, tente d’obtenir sa garde. Elle sait qu’elle peut le perdre si elle perd son boulot. Après quelques minutes, elle lui demande comment s’est passé sa première journée d’école. Elle guette sa réaction. Il la fixe à travers le miroir. Alors, après un moment d’hésitation, il la rassure d’un lent clignement des paupières avant de replonger dans son monde intérieur. Derrière la vitre, les rues se sont vidées avec la sortie des classes. Les enfants font peur aux plus âgés qui redoutent d’être infectés par eux. A la cantine, un grand lui a fait croire que les gamins qui trainaient seuls dans les rues étaient ramassés par la fourrière et mis avec les chiens dans le même fourgon avant d’être balancés à la mer. Un autre lui a parlé de nains qui, déguisés en écoliers enlevaient les plus petits pour les vendre à des cirques après les avoir mutilés. Dehors, la pluie s’est mise à tomber. Sa mère gare la voiture au pied de son immeuble, en sort, un parapluie à la main et vient le détacher de son fauteuil. Il ne veut plus qu’elle le touche, il ne veut pas l’infecter. Arrivé dans leur petit appartement, il garde son masque, refuse de goûter et s’enferme dans sa chambre. Sa mère comprend qu’il a dû se passer quelque chose à l’école mais son délégué syndical vient de l’appeler. Si elle perd son travail, elle perd son fils. Elle ira lui parler plus tard.

Buster

Il s’est déshabillé, couvert le corps de gel hydroalcoolique et a enfilé son pyjama. Puis il a attrapé sa petite tablette tactile et s’est glissé sous le gros édredon posé sur le sol. L’écran éclaire sa grotte improvisée. Il tape sur le clavier les six lettres de l’alphabet qu’il connaît. Une page apparaît remplie d’affiches de films de cinéma. Il clique sur “College”. Le nom de Buster Keaton défile au générique. Gwyplaine se concentre sur l’écran. L’acteur principal déboule enfin. Le visage impassible de son héros arrive à gommer celui d’Alexandra. Il était temps. Du trou caverneux qui avait remplacé sa bouche commençaient à sortir d’autre petits monstres verts, poilus et gluants. Buster, seul comme lui, rejeté par ses camarades, dangereux pour les autres, mais soutenu par sa mère s’en sort toujours. Mais comment avouer à la sienne qu’il a désormais le virus, qu’elle ne doit plus l’embrasser ni le toucher ? Epuisé, il s’est endormi sous son antre. Plus tard, elle est entrée puis, sans le réveiller, l’a couché sur le lit après lui avoir retiré son masque et ses lunettes. Les larmes ont laissé des traces sur ses joues. Elle l’embrasse et referme la porte.

Demain, il faudra qu’il lui raconte ce qui s’est passé à l’école.

  • Le canular du prof consiste à faire croire aux élèves que la nouvelle maîtresse est défigurée (https://www.parents.fr/actualites/enfant/tiktok-des-parents-malveillants-samusent-a-pieger-leurs-enfants-dune-facon-peu-respectueuse-665826)
  • En Europe, les moins de 18 ans représentent 4% de la population infectée par le virus, la plupart sous forme légère voire asymptomatique.

Agir avec légèreté

“Dans un contexte sanitaire compliqué, il est irresponsable de ne pas respecter les mesures préconisées par l’Etat pour enrayer la pandémie. (…) Quel mépris pour les personnes fragiles du village..!”

Le message posté sur le groupe WhatsApp du village par son maire Jean-Claude Montlaur est sans équivoque : la douzaine de manifestants qui s’est réunie ce samedi 6 février avenue des Corbières à Albas est composée d’irresponsables qui agissent à la légère en bravant l’interdit décrété par le président de la République sur les rassemblements publics. Pire, ils méprisent les personnes fragiles du village. Mais ce matin du 6 février, aucune personne souffrant d’une quelconque fragilité ne semble participer à la manifestation. Quant à la supposée légèreté des participants, il suffit de discuter avec eux pour s’apercevoir qu’elle n’est qu’apparente. Mais le maire n’a pas jugé utile de traverser la rue pour venir les rencontrer. Il a confié la tâche à d’autres.

Irresponsabilité et mépris ?

Le maire condamne donc sans les rencontrer des manifestants qu’il juge irresponsables. Et, à défaut d’assurer ses responsabilités avec des irresponsables, il préfère confier son problème à d’autres, en l’occurrence à la maréchaussée et fait preuve du même coup de mépris aussi bien vis-à-vis des protestataires que vis-à-vis des gendarmes. C’est pratique le gendarme. Dans le dicton populaire, il se déplace toujours en binôme avec la peur. Le maire d’Albas veut donc faire peur à ce petit groupe hétérogène et pacifique venu jouer de la musique et entamer le dialogue sur les conséquences dramatiques de l’état d’urgence sanitaire. Le sale boulot, c’est pour les bleus qui passent d’un état d’urgence à l’autre, accumulent les risques et les rancœurs, tiraillés entre leur devoir de militaire et leur empathie grandissante pour une population désorientée devant les ordres et les contre-ordres envoyés par des dirigeants incompétents.

Irresponsabilité et mépris des dirigeants

Nos dirigeants, depuis le début de la pandémie, affirment tout et son contraire sans jamais s’en excuser. La contamination est impossible par voie aérosol et les masques inutiles. Ils ne doutent pas, ils affirment, et se trompent. Aujourd’hui, la muselière en papier est devenue obligatoire dans les lieux publics. Il faut en acheter en grand nombre car la plupart sont à usage unique. C’est la ruée vers les pharmacies pour les uns et la ruée vers l’or pour d’autres. Les mois passent. Des tonnes de masques jetables sont jetées, dans la rue, par les fenêtres, avec l’argent public jusqu’au jour où la presse révèle que le masque jetable était en fait lavable. Ni le fabricant ni le gouvernement n’en étaient bien sûr informés. Pire, le président a lui-même préconisé et porté un type de masque qui s’avèrera toxique. Où sont les irresponsables, monsieur le maire d’Albas ? Dans la rue ou dans les ministères ?

Sans dialogue, pas de démocratie

Mais vous n’êtes pas venu rencontrer les manifestants. C’est dommage. Vous auriez été écouté comme a été écouté le gendarme : avec calme et respect. Vous auriez pu responsabiliser ces fauteurs de troubles, leur exposer les dangers qu’ils faisaient, selon vous, courir à la population, en particulier aux plus fragiles. Vous auriez pu leur expliquer pourquoi trente personnes peuvent se réunir pour assister à des funérailles quand une douzaine n’a pas le droit d’en faire autant pour jouer de la musique. Peut-être auriez-vous logiquement autorisé à ces ectoplasmes de se réunir dans le cimetière du village ?

Mais vous n’êtes pas venu. C’est regrettable. Vous auriez pu constater que ce n’est pas par mépris pour les plus fragiles mais au contraire par respect pour eux que la manifestation se tenait, pour tous ces enfants obligés dès six ans de porter un masque à l’école, pour tous ces entrepreneurs ébranlés par la faillite, toutes ces personnes âgées tenues à l’écart de leur famille. Le chagrin qui s’accumule chez les uns, bien trop souvent les mêmes, en obligent d’autres à réagir. Ce samedi 6 février, au cœur de votre village, ce sont bien, monsieur le maire, quelques personnes responsables qui se sont réunies pour que l’on respecte les plus faibles.

Mais vous n’êtes pas venu. Et c’est bien triste car cela vous aurait peut-être évité de diffuser un message irresponsable et méprisant.

Divagation

Divaguer, définition du dictionnaire Petit Robert : Dire n’importe quoi, ne pas raisonner correctement.

Ah, le joli mot.

Le maire reconnaît enfin qu’il y a des problèmes de divagation sur la commune. Manque de chance, il pointe les mauvais coupables : les chiens du village. C’est commode : un chien, ça ne parle pas mais ça aboie. Ce qui semble déranger Gégé. Vite, un petit papier dans les boîtes aux lettres pour prévenir la population qu’une société spécialisée dans le ramassage des animaux errants s’occupera de leur clouer le museau.

La société en question, le groupe Sacpa, a été notamment condamné en 2016 à 7.500 euros d’amende, dont 2.500 avec sursis, pour « transport d’animaux à but lucratif sans agrément et sans autorisation ». 24 chiens avaient été retrouvés morts étouffés et déshydratés dans un de leurs camions. Au cas où votre chien finisse dans l’un de ces véhicules et qu’il en réchappe, il vous en coûtera 291,50 euro pour le récupérer.

Mais quelle idée aussi d’avoir un chien qui aboie !

Au lendemain de sa réélection, le maire dans son communiqué affirmait le besoin de retrouver calme et sérénité dans notre village. Il comptait, pour y parvenir, consulter l’avis de chacun.

Une divagation de plus, sans doute.

Michel Dupas devant le monument aux morts, 11 novembre 2020

Garde-à-vous

Un rameau d’olivier surmonté d’une large croix de guerre coiffe la colonne en ciment blanc. A sa base, une plaque en marbre porte l’inscription “La commune d’Embres & Castelmaure reconnaissante à ses enfants morts pour la patrie”. A quelques mètres, un homme en costume sombre portant béret et décorations, se tient au garde-à-vous, le regard droit et fixe.

Au pied de l’édifice, une couronne de fleurs vient d’être déposée par le maire, venu quelques minutes plus tôt avec ses adjoints commémorer la signature de l’Armistice et l’ensemble des morts tombés pour la France. Michel Dupas, sous-officier parachutiste à la retraite, contrairement aux années précédentes, n’a pas été convié à les rejoindre. Avant d’aller rendre hommage à ses frères d’armes, il s’est posté devant l’entrée principale du cimetière et attend sagement son tour. Un adjoint arrivé en retard ose à peine le regarder, franchit la grille d’entrée, plonge une main dans sa poche pour en sortir comme il aurait fait d’un mouchoir une écharpe tricolore et rejoint ses collègues. C’est le même homme qui neuf mois plus tôt l’avait calomnié en public.

Michel ne bronche pas. C’est un militaire. Il est venu rendre hommage à ceux qui comme lui ont risqué leur vie au service de la France. Les autres peuvent bien porter l’écharpe en cartouchière, cela ne fera jamais d’eux des anciens combattants. Le discours d’usage une fois récité suivi par quelques minutes de recueillement, les voici sur le départ. Certains empruntent à nouveau l’entrée principale, d’autres, à commencer par le maire et son adjointe, préfèrent s’échapper par un petit portillon à l’arrière du cimetière. Après avoir salué le courage de ceux qui sont morts dans les tranchées, ils n’osent pas affronter le regard de celui qu’ils ont voulu trainer dans la boue.
Michel est maintenant seul face au monument. Il se tient droit et fier. Comme il l’avait été avec le maire quand ce dernier par trois fois lui avait proposé de rejoindre sa liste aux dernières municipales et que par trois fois, il avait refusé. Droit et fier, il l’est resté malgré les accusations calomnieuses portées contre lui neuf mois plus tôt par ceux qui lui en voulaient tant d’avoir rejeté pourtant poliment cette proposition.

Le soleil fait scintiller les médailles qu’il porte à la poitrine. Après un dernier salut, il quitte le monde des morts et rejoint celui plus trivial des vivants. Au loin, la petite clique regroupée autour de leur élu se perd en palabres. Il n’y prète aucune attention, se masse le coude fracassé l’été dernier par un habitant du village. En bon militaire, une fois de plus, il la ferme et encaisse, confiant en la justice qui lui sera un jour rendu.

Confiant sans doute aussi en ses amis qui ne sont pas venus.

Aussi, et malgré un grand ciel bleu, voir cet homme digne et courageux dans son costume sombre s’éloigner seul du cimetière est d’une grande tristesse.

Devoir de mémoire

9 mois.

Cela fait maintenant 9 mois que l’un de nos anciens combattants s’est fait calomnier en public avec la complicité du maire, Gérard Bénézis.

Cela fait 9 mois que ce vétéran et ceux qui le soutiennent attendent des excuses publiques.

Cela fait 9 mois que le maire manque à son premier devoir, celui du respect qu’il doit à tous ses administrés, sans exception.

Cela fait 9 mois que le maire, en refusant de s’excuser pour ce manque de respect nous prouve qu’il n’a pas le courage nécessaire pour servir son mandat.

Représenter le village lors des commémorations du 11 novembre exige le plus grand respect pour ceux qui ont défendu le drapeau, qu’ils soient tombés ou non au champ d’honneur.

Monsieur le maire, tant que vous n’aurez pas produit ces excuses, vous ne serez pas digne d’honorer la mémoire de ceux qui sont morts en servant notre patrie.

Reconfinement : Gégé se lance dans la télé réalité

Au début de l’automne, alors que la plupart des Embrésiens s’affairaient dans les vignes, le maire en profitait pour placer en douce des caméras dans le village, sans prévenir son conseil municipal. (Lire le compte-rendu édifiant du 8 octobre, http://www.embres-castelmaure.fr/conseil-municipal/compte-rendu-seance-jeudi-08-octobre-2020).

Des caméras pour “surveiller des choses bizarres”..

C’est le seul motif que le maire a été capable d’invoquer pour justifier la pose de ces caméras. Comme à son habitude, il se refuse à davantage d’explication et rejette la responsabilité sur les autres, en l’occurrence les gendarmes qui lui auraient conseillés de s’équiper en vidéosurveillance. Il faut donc que les habitants du village acceptent sans broncher que leur mairie dépense 4 600€ qu’elle n’a pas, sans raison précise.

Bénézis plus sécuritaire qu’Estrosi !

Avec une caméra pour 38 habitants, le village d’Embrès arrive premier haut la main au palmarès des communes les plus surveillées de France, très loin devant Nice qui n’a qu’une caméra pour 130 habitants. En évoquant des “choses bizarres”, le maire voulait-il suggérer l’apparition de quelques radicalisés sur la commune ?

Il voit des barbus partout

A commencer par Julien et Christophe, dits Juju et Jésus les deux Jihadistes du village, en croisade contre la saleté, les culs de poules et les mauvaises herbes. Déjà régulièrement pris en filature par la première adjointe, les deux employés municipaux sont désormais sous la surveillance étroite de deux caméras vidéo placées au-dessus de leur hangar. Au premier tapis suspect chargé dans leur camionnette, au premier grain de couscous retrouvé dans leur casier et c’est l’inscription au fichier S ! Une troisième, placée à l’intérieur du local des chasseurs permet probablement de s’assurer que ces derniers n’ont pas renoncé à manger du sanglier. Si c’était le cas, la viande de cochon étant considérée impure par les musulmans, ce serait un signe flagrant d’islamisation. Et hop, fichier S les viandards ! Quant à la quatrième, elle surveille non seulement le parking qui ferait un lieu de prière idéal avec son orientation plein est, mais également les conteneurs à poubelle, souvent utilisés pour cacher des engins explosifs par les fous d’Allah..

Souriez, vous êtes fliqués..

A l’école des vendanges

Il aura fallu faire les vendanges pour comprendre.

Comprendre la solidarité qui unit ceux qui gagnent leur vie avec leurs bras; ceux d’en bas. Et le fossé qui les sépare d’avec ceux d’en haut qui ne travaillent le plus souvent que du chapeau.
A qui s’adresse la devise nationale ? Qui peut se dire libre lorsque la vie ne lui a pas offert de choix ? De qui est-on l’égal sinon des plus pauvres, ces frères de misère ?

La fête est finie

Certains s’en sont retournés dans leur pays avec ce précieux argent qui leur permettra de passer l’hiver. D’autres s’en sont retournés dans leur taudis de Leucate avec de quoi payer quelques mois de loyer à des marchands de sommeil peu scrupuleux. Les plus chanceux ont pris quelques vacances avant de retourner au travail.

Pendant près d’un mois, ils ont tous compté les heures à se dépenser. Ils se sont retrouvés chaque matin avant l’aurore au bas du village, à quelques pas de la mairie, ont attendu patiemment l’arrivée de Joost au volant du tracteur avec sa remorque brinquebalante pleine de comportes, suivie par un cortège de voitures qui les conduiraient bientôt à travers la nuit vers les coteaux escarpés où gisent telles des pépites les précieux raisins des Corbières. Encore mal réveillés, pas tout à fait remis de la fatigue de la veille, il leur faut à nouveau attraper le seau et les ciseaux à l’arrière du pick up, se positionner deux par rangée, tâtonner à travers les feuilles, se courber, saisir d’une main la grappe par le dessous et de l’autre sectionner délicatement sa tige.

Aux derniers jours des vendanges, le froid d’octobre glace les doigts. Le soleil que l’on craignait quinze jours plus tôt, se lève enfin. Les visages lentement se décrispent et se sourient. Ce sera bientôt fini. Plus que quelques baquets à soulever, plus que quelques hottes à remplir, plus que quelques allées et venues à travers le feuillage humide et dense, les épaules meurtries par les sangles, les rotules rendues douloureuses par les génuflexions répétées. A l’arrivée devant l’échelle qui permet l’accès au plateau de la remorque, on se fait désormais des politesses. L’inconnu des premiers jours qui vous dévisageait d’un œil méfiant est devenu votre ami. Et si la langue, l’âge, les origines sociales diffèrent, Przemek et moi portons tous les deux la même hotte.

Le travail crée des liens fraternels tissés par le respect. Sur la plateforme, après avoir vidé son chargement, chacun prend bien soin de préparer les comportes pour le prochain porteur. C’est par des gestes aussi simples que naît l’amitié; c’est par la volonté qui s’exprime dans l’effort que grandit la considération. Le trajet entre la remorque et les coupeurs permet au porteur de souffler avant le prochain chargement. Le coupeur lui ne s’arrête jamais. Sa main, à force de presser les ciseaux, s’engourdit, le dos comme les genoux, à force de se courber, s’endolorit. Plus la vigne est dense et belle, plus le seau se remplit vite. Il faut le soulever plus souvent, parfois au-dessus de sa tête pour atteindre la hotte. Le porteur lui doit accélérer le pas, oublie parfois de se baisser pour faciliter le travail du coupeur, repart, lesté par plus de cinquante kilos de raisin. Il arrive que le terrain soit escarpé, glissant, caillouteux, qu’un “américain” vous barre le chemin et c’est la chute. Aussitôt, un camarade aide à vous relever, remet la hotte sur votre dos et ramasse avec vous le raisin éparpillé. “Ça arrive au meilleur” dira rigolard Christophe tout en se redressant.

A la pause s’échangent eau, biscuit et Thermos de café. Après cinq heures de travail, les visages trahissent la fatigue accumulée. Plus qu’une petite vigne de Grenache à ramasser et c’est la quille. Les derniers hectares se vendangent en chanson. Et puis les corps se relâchent, les sourires s’allongent tandis que la dernière hotte vient de se vider. Comme l’exige la coutume, la figure de quelques vendangeurs est tartinée de raisin. Un pack de bières est déposé sur le sol. Chacun se sert, trinque dans différentes langues et savoure l’instant.

Liberté, Egalité, Fraternité

Ici, il n’y a plus de frontières, plus de nations mais qu’un seul peuple, celui des pieds, des mains et des sourires.

Au milieu de cette Babel verdoyante, le verbe se déchaine. Joost le Néerlandais glisse des mots tendres en anglais à Monica la Polonaise; Aquilino l’Italo-Portugais chuchote en français avec Jasmina son amie Arabe et trinque en espagnol avec Juan; Léo plaisante en slovène avec Lorie, Tina et Mateo, plaisante encore en français avec Ewelina, Christophe, Mélodie, Antoine, Eric, Sébastien, Max et Nicolas, plaisante toujours en anglais avec Anka, Asia ou Dorota. Adam bien que maitrisant l’anglais et le français utilise le polonais avec Wojdeck, Przemek, Andrej, Alexander, Arthur et Joanna qui, dans sa chemise bleue à carreaux, une bière à la main, s’exprime comme ses autres compatriotes féminines à travers un large sourire que tout le monde comprend. Ici, les filles donnent parfois l’impression de trimballer plus de soleil que les garçons.

Et pendant ce moment unique où sous le coup d’une ivresse passagère exacerbée par la fatigue et l’alcool la devise de la République semble enfin prendre tout son sens, on se rêve tous en Frères. Plus de nations pour nous séparer, plus d’églises pour nous diviser, plus de grades pour nous hiérarchiser. Place au respect et à la tolérance.

Le lendemain soir, le chef se met en cuisine, reçoit ses employés et avec sa compagne assure le service. Ça boit, ça trinque, ça mange, ça rie et ça gueule dans toutes les langues. Les dernières barrières tombent. Chacun prend des photos puis les poste sur les réseaux sociaux. L’orthographe approximative de certains procure aux commentaires publiés une tonalité naïve et parfois poétique. Depuis l’enfance, les sillons de la terre ont recouvert les lignes de leurs cahiers d’écolier. Plus doués pour la grammaire changeante de la Nature que pour celle figée des Lettres, il ne se nourrissent pas de mots. Et lorsque, exténués après huit heures de labeur au dehors, c’est d’un lit qu’il rêvent et non d’un livre. Vendanger à leur côté rend plus lucide sur la condition humaine du paysan, permet de comprendre ce qui nous différencie et la raison de ces différences. Participer aux vendanges c’est se rendre au moins une fois dans sa vie à l’école de la tolérance.

Réfugiés d’hier, vendangeurs d’aujourd’hui

Et pendant que quelques-uns discutent encore dans la cuisine, d’autres vautrés sur le canapé du salon à moitié ivres commencent à s’endormir. Polonais, nés en cage, derrière les barreaux du communisme, les voici trente ans plus tard devenus libres et européens. Ce pays est désormais aussi le leur, comme il l’est devenu plus tôt pour les Espagnols après le franquisme ou les Portugais après Salazar. Et bien plus tôt encore pour les Algériens, les Tunisiens ou les Marocains. Tous se sont retrouvés à un moment ou à un autre de leur histoire à communier par le travail dans ce temple de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité que sont les vignes de notre pays. Un temple où l’on fredonne plus volontiers l’Internationale que la Marseillaise, un verre de vin à la main.

Au petit matin, l’alcool et la fatigue ont eu raison des derniers invités qui se sont éclipsés.

La semaine suivante, chacun était reparti dans son quotidien, replongeant le village dans une torpeur automnale.

Entretemps, le maire en avait profité pour disposer quelques caméras aux abords de la mairie, le gouvernement pour imposer le couvre-feu dans certaines villes et la guerre à nouveau s’installer dans le plus ancien pays producteur de vin au monde, l’Arménie. L’année semblait décidément se terminer encore plus sombre qu’elle n’avait commencée.

Heureusement, il ne restait plus que onze mois à tenir avant les prochaines vendanges. Et cinq années avant les prochaines élections..