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Celle par qui le scandale est arrivé

Cela fait plus de six mois maintenant qu’un habitant d’Embres a été calomnié en public sans que personne ne lui ait encore présenté d’excuses. Six mois, c’est long. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que ceux qui sont à l’origine de cette infâmie reconnaissent leur faute et lui demandent pardon ?

Corridavirus

A Béziers, le très catholique maire de la ville a décidé de célébrer la Vierge Marie en faisant couler le sang des taureaux. Supporteurs et opposants se sont donc retrouvés ce samedi 15 août 2020 pour s’invectiver à travers les rues de la cité Biterroise sous l’œil vigilant de la police municipale .

Cagnard et pinard, un mélange explosif

Les deux hommes sont attablés à la terrasse du restaurant. Ils terminent leur déjeuner, arrosé d’une bouteille de rosé bien frais. Malgré l’ombre des platanes et leur élégant Panama, la chaleur du soleil fait suinter leurs visages marqués par les ans. En plein cagnard du 15 août, ils sont venus prendre le frais et se détendre comme de nombreux autres clients du Grand Café. Ils se rendront peut-être en fin de journée aux arènes de la ville assister à la corrida. Béziers fait en effet partie de la cinquantaine de ville en France qui n’a toujours pas aboli ce type de spectacle et les aficionados ont envahi la ville. Les manifestants pour la défense des animaux également.

Une paire de fesses, un orifice et deux noisettes

Les deux amis, qui comptaient terminer tranquillement leur repas, voient soudain débouler sur l’esplanade de la mairie une cohorte bruyante et bigarrée d’opposants à la tauromachie. Dans le même temps se sont déployés le long de l’allée Paul Ricquet des membres de la police municipale. Ces forces de l’ordre encadrent avec calme et respect le cortège depuis leur départ du jardin de la plantade. Grâce à eux, plusieurs incidents ont été évités sur le trajet comme cette vive altercation intervenue devant les halles entre des manifestants remontés et un cafetier aviné soutenu par un groupe de femmes et d’hommes habillés de polos roses, le verre de rosé à la main. La plupart sont jovials et souriants. Un autre hilare a quelques minutes plus tôt baissé son pantalon et exhibé fièrement son postérieur nu au passage du cortège ; un postérieur bien arrondi et poilu d’où pendaient deux petites noisettes, peu comparables avec celles du taureau qui sera mis à mort ce soir après avoir ajouté peut-être un orifice à son bourreau avant de trépasser sous les applaudissements d’une foule venue nombreuse le voir agoniser. Alors, et malgré les moqueries bon enfant de ces persifleurs, quelques protestataires prennent la mouche et leur répondent par des insultes avant de continuer leur progression jusqu’à la mairie.

Aux abords de l’hôtel de ville, les clients des restaurants, soudain perturbés par les sirènes et les cris, expriment leur mécontentement. Des jeunes gens attablés se mettent à siffler puis hilares éructent quelques grossièretés. A quelques tables de distance, les deux hommes s’agacent également. L’un d’eux est pris à partie par un manifestant qui est prêt à en venir aux mains. Excédé, il se lève, écarte sa chaise et fait mine de retirer sa veste quand deux policières viennent d’une voix douce et ferme rétablir le calme.

Entre l’insulte et le dialogue, les manifestants ont choisi

Le maire, entouré de quelques conseillers, a pris place sur l’esplanade et écoute sagement Sophie Maffre-Baugé la responsable de l’association Colbac (Comité de Liaison Biterrois pour l’Abolition de la Corrida) l’interpeller avec respect, le micro à la main. Sa voix, diffusée à travers de puissantes enceintes, inonde l’allée et ses établissements. Le propriétaire de l’un d’eux, excédé, vient chasser violemment de sa terrasse l’un des manifestants qui tombe à terre. Encore une fois, la police intervient et sépare les deux hommes. C’est maintenant à Robert Ménard de prendre la parole au milieu d’un public hostile. Les sifflements retentissent et couvre sa voix. Il menace alors de se retirer, rappelant qu’il n’était pas obligé d’autoriser cette manifestation et encore moins d’y prendre part. Sophie Maffré-Baugé intime le silence aux indisciplinés. L’ancien président de Reporters Sans Frontières, désormais de l’autre côté de la barrière, agit comme le faisaient en son temps les dictateurs auxquels il s’opposait et tente de justifier l’injustifiable avec des prétextes aussi absurdes que celui de la tradition. Comme le lui répondra plus tard le représentant de l’association L 214, au nom de l’exception culturelle, on pourrait tout aussi bien autoriser l’excision des femmes. Ou bien lui rappeler que pendant des siècles en France et par tradition les femmes n’avaient pas accès à l’éducation, devaient obéir à leur mari qui avait le droit de les battre, voire dans certains cas de les tuer. Et que s’il tient tant aux traditions, il devrait réhabiliter celles qui ont disparu parmi nombre de chrétiens comme lui, comme le devoir d’accueil des miséreux. Bravache, le maire est pourtant prêt au dialogue, quitte à se voir confronter avec ses propres contradictions. Mais la foule l’en empêche. Les sifflets et les insultes reprennent sous l’œil un peu désolé des organisateurs. Alors, le pas calme et tranquille, Robert Ménard suivi par sa petite troupe, quitte l’esplanade après avoir confirmé sa présence le soir même dans les arènes.

Puisque le dialogue est impossible, que la bête meure

Une mise en scène macabre prend le relais. Accroupis, le coup ensanglanté comme celui des taureaux qui seront bientôt sacrifiés, des figurants immobiles miment l’exécution de l’animal sur un fond de musique classique. Une arène improvisée autour des manifestants bloque la vue du spectacle aux passants. Le cliquetis des verres et celui des couverts en argent a repris. Les garçons de café virevoltent entre les chaises et déposent sur les tables des assiettes remplies de morceaux de viande rouge. Les deux amis terminent leur verre. L’un d’eux se tourne et s’adresse à moi. Il s’avoue autant désolé d’avoir été importuné que d’avoir réagi un peu violemment aux provocations.
Avec eux comme avec le maire, la discussion semblait possible. Il aura suffi de quelques insultes et d’un manque de respect évident de certains manifestants pour tout gâcher.

Un maire au ban de l’école

Sacré farceur ce Gérard. Se lancer à plus de 75 ans dans une carrière de comique, il fallait oser. Mais quand tout vous réussit, pourquoi ne pas tenter, quitte à user de blagues potaches un peu éculées. Comme cette invitation lancée à la population par voie d’affichage à venir assister au conseil municipal du 13 août. Et pour attirer le chaland, rien de mieux que d’annoncer la présence d’une personnalité locale, en l’occurrence Hervé Baro, le vice-président du conseil Général.

Le jour venu, nous ne sommes en fait que deux habitants du village à tomber dans le panneau et à nous présenter devant l’entrée de l’ancienne école des filles, transformée depuis en salle polyvalente de la mairie. Une conseillère qui se prépare à entrer me salue poliment puis me demande si je viens assister au conseil. “Oui” lui réponds-je, “bien” acquiesce-t-elle souriante avant de s’engouffrer dans la salle.

A l’intérieur, la plupart des conseillères et conseillers sont assis bien sagement autour d’une grande table de réunion. Ici, la parité au moins est respectée. Une deuxième personne qui souhaite également assister au conseil vient d’entrer derrière moi. Il s’agit de Marie-Louise Dupas, la tête de liste de l’opposition aux dernières municipales. A la vue de nos deux faciès, le maire, qui se tient à l’autre bout de la table blêmit puis nous lance de sa voix légèrement perchée un aimable “pas de public, pas de public !”.

Interloqué, je lui demande alors à qui pouvait bien s’adresser la convocation à cette réunion qu’il avait fait placarder quelques jours plus tôt dans le village ? Je saisis ledit avis et décide donc de lui en faire la lecture :

“Madame, Monsieur, Je vous prie de bien vouloir participer à la séance qui aura lieu le : Jeudi 13 août 2020 à 17 heures Salle polyvalente 10 rue de la mairie”,

puis lui demande son avis quant au fait qu’il s’oppose à son propre avis. Peine perdue. Il n’a aucun avis là-dessus. Un conseiller lui signale alors que si le conseil se tient à huis clos, le point numéro deux de l’ordre du jour ne pourra être abordé. Les yeux écarquillés par la stupeur, le maire balbutie, éructe, vocifère mais ne répond pas et balaie l’argument juridique de l’effronté. Le point est pourtant clair :
“Le huis clos n’est prohibé que lorsque le conseil municipal délibère sur certains rapports d’intérêts autorisés, dans les communes dont la population ne dépasse pas 3 500 habitants, entre certains de ses membres et la commune (article 432-12 du code pénal)”. Patrick Mary, déjà grassement remercié par le maire, devra patienter encore un peu avant de se voir attribuer des travaux ponctuels pour la commune. “Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose” disait Francis Bacon en omettant de préciser que cela pouvait être aussi une source de profits pour son auteur.

Le petit Gérard qui tient décidément beaucoup à lui prouver sa gratitude, n’a ni relu sa copie ni révisé ses leçons et n’en a cure. Il blâme plutôt la secrétaire de mairie qui a omis de placarder à l’entrée du bâtiment que la réunion se tiendrait à huis clos.

C’est le côté blagueur et injustement méconnu de Gégé la déconne : faire croire aux habitants d’Embres qu’ils sont les bienvenus à la mairie et une fois arrivés devant l’entrée leur claquer la porte au nez tout en accusant la vilaine secrétaire de ne pas avoir affiché qu’ils n’étaient en fait pas les bienvenus.

Alors et plutôt que de filer au coin avec un bonnet sur la tête, il nous lance bravache un aimable “sortez ou bien j’appelle les gendarmes !” Guignol qui se met à appeler le gendarme : décidément ça ne tourne pas bien rond chez Monsieur le maire. Mais qui a bien pu avoir l’idée saugrenue de le placer tout en haut de l’estrade ? Brigitte Robert s’en excuserait presque et suggère d’une voix douce que l’on puisse au moins discuter. Peine perdue, le cancre tient sa revanche et insiste pour que nous sortions sous les yeux ébahis du vice-président du Conseil Général.

A l’intérieur, la petite représentation se jouera donc à huis clos, au mépris des lois et du respect des villageois. Il y sera pourtant question du passionnant projet du Parc Naturel Régional Corbières-Fenouillèdes qui nous concerne tous. Projet qui va à l’encontre de celui que défend Gérard Bénézis et qui concerne l’implantation d’éoliennes sur le plateau. Il faut juste espérer qu’Hervé Baro, également président du syndicat mixte de préfiguration du Parc Régional Corbières-Fenouillèdes ne l’interroge pas à ce sujet. Dans le cas contraire, le maire d’Embres pourra toujours blâmer la secrétaire pour l’avoir mal informé sur la nuisance de ces engins ou bien aller dans le sens du vent, avaler son bonnet d’âne et renoncer à promouvoir l’implantation des turbines sur la commune.

Dehors, le ciel est légèrement orageux. La grosse cloche placée au sommet de la mairie vient de sonner ; au-dessus d’elle, la girouette, avec le vent, n’arrête pas de tourner.

Tout un symbole.

Rectificatif au communiqué de la nouvelle équipe municipale

Quelques malencontreuses erreurs se sont glissées dans le dernier communiqué de la mairie qu’il convenait de rectifier :

“La nouvelle équipe municipale remercie la minorité des habitants du village pour la confiance qu’elle lui a accordée lors des dernières élections municipales.

Notre beau village a besoin de retrouver calme et sérénité après des semaines d’agressivité orchestrées par la nouvelle équipe à l’encontre de la liste d’opposition.

Notre programme sera mis en œuvre, quel que soit votre avis.

Vous pouvez néanmoins accéder aux informations concernant le village sur le site de la mairie www.embres-castelmaure.fr et consulter les comptes-rendus forts instructifs du conseil municipal.

Vous y apprendrez notamment que Patrick Mary qui s’était permis de diffamer en public un membre de la liste d’opposition a été élu deuxième adjoint et qu’il représentera la commune en l’absence de M. le Maire. Pour services rendus à la nouvelle équipe, il a été également proclamé délégué du Syndicat Audois d’Energies.

Pour toute question concernant le calme et la sérénité que cette promotion ne manquera pas de susciter dans le village, prenez contact avec le secrétariat de la mairie au 09 60 08 18 74 le lundi, mardi, jeudi et vendredi de 8h à 11h45.

Il est aussi possible de s’exprimer sur les quatre panneaux municipaux situés devant la mairie, les deux sur la route de Villeneuve (devant l’Embrésienne et en haut du village) et devant le lotissement des Matels. Il convient également de préciser ici que ces panneaux ne doivent pas être utilisés pour porter physiquement atteinte aux membres de la liste d’opposition.

Les commissions suivantes sont accessibles à tous ceux qui veulent rétablir la justice et la transparence dans le village :

. Mensonge et Calomnie
. Favoritisme et Copinage
. Procuration et Piège à cons
. Excuse et Contrition

Le rossignol et le maître chanteur

Au matin du dernier dimanche des élections,
Devant le perron de la mairie
Je croise mon ami le héron
Qui m’avoue son désarroi
À la lecture de mes écrits
Dont le ton peu courtois
Le plonge dans un profond dépit.

Il me suggère d’alléger ma plume,
De la tremper dans l’azur
La rincer de son amertume
La charger d’air pur.
Il vaudrait mieux en effet
Pour la tranquillité du village
Éviter les outrages,
Couper mon sifflet.

La raison du héron
Est celle du plus fort;
Professeur des avions
Il ne peut avoir tort.

Je vais donc m’exécuter
Avant qu’un autre ne le fasse
Et pareil à la limace
Apprendre à ramper.

Sur les conseils de cet oiseau de haut vol
Je parlerai donc du beau ciel bleu d’Embres
Du chant mélodieux des rossignols
En prenant bien garde aux pataquès.

Dimanche dernier donc
Sous un soleil radieux
Jeunes et vieux
Ont rempli le tronc
Et choisi leurs favoris
Pour les représenter à la mairie.

C’était beau à voir, c’était merveilleux;
Ça rappelait le bon temps des colonies
Lorsque le maître venu d’un autre pays
Dictait sa loi aux pauvres gueux.

Par familles entières ils sont venus voter,
Inutile d’habiter au village pour y choisir son roi,
Il suffit que les enfants obéissent à papa
Et lui donnent procuration pour éviter la fessée.

Près d’une vingtaine d’étrangers
Qui n’habitent pas même les environs
Se sont ainsi exprimés
En faveur des colons.

Et le soir venu quand il s’agir de compter
Par le truchement d’une jolie bidouille
C’est bien tout un village qu’on dépouille
Du droit le plus essentiel, celui de s’exprimer.

L’autre soir en catimini
Sort de la mairie
Un aréopage de bécasses
Qui gloussent et qui croassent
Sous l’œil gourmand d’un eunuque
Dans son déguisement de grand duc.

Il a fait mijoter sa fricassée de fripouilles
Avant de la servir sur son lit de magouilles,
N’a reculé devant aucun effort
Pour faire le plus grand tort
A ceux qui dénonçaient
Ses multiples forfaits.

Il a fait porter la pire des calomnies
Sur un valeureux soldat de la Patrie
Qui, à peine remis de cette injure
Subissait à nouveau une blessure.

Malgré cela trois d’entre eux
Parmi les plus valeureux
Sont entrés au conseil
Et assurent la veille.

Mais tous ne sont pas fait du même cuir,
Et certains par peur,
se sont fait migrateurs,
Et quittés le navire.

Mon ami le héron qui affectionne
le beau chant du rossignol
voudrait que ma plume de corbeau
Evite les noms d’oiseaux.

Craint-il la visite impromptue
d’ornithologues pointus
Venus écouter le maître chanteur
Répandre ici la terreur,
Affublé d’une cocarde
Qu’il par la même brocarde ?

L’altitude aurait-elle eu raison de ses tympans
A tel point qu’il n’entend plus le sifflement de ses gens ?
Il est un monde dans lequel certains trop bien nés,
méprisent ceux qui du nid sont tombés.

Ces pteranodons assombrissent encore le ciel d’Embres,
obstruent l’azur que mon ami le héron s’obstine à voir.
Il me faut taire l’immense détresse,
lui faire plaisir, parler d’espoir.

Les deux pieds pris dans la vase,
Il ne voudrait voir que le bleu du ciel.
Il pourra donc tout aussi bien ignorer le fiel
Qui s’immisce malgré moi dans mes phrases
Et continuer à sourire à ceux qui se sentent trahis
Par ses amis les nantis.

Paul Courrent, le déboulonné d’Embres

Les anciens dirigeants de la cave coopérative avaient profité des travaux pour mettre son buste au rebut. Marie Debosque, sa petite-nièce, l’a depuis récupéré et placé à côté de sa porte d’entrée. En dehors de ce buste et d’un médaillon visible au-dessus du caveau familial au cimetière, il n’existe aucune représentation au village de Paul Courrent. Ce docteur en médecine, historien, maire de la commune, conseiller général et président de la société scientifique de l’Aude, fondateur de la cave de Castelmaure n’a même pas une fiche wikipedia à son nom; est-ce à cause d’une rumeur qui circule à son sujet ?

Une rumeur, une de plus ?

Le médecin se serait enrichi sur le dos de ses patients qu’il aurait soi-disant contraint à se dessaisir de leur bien pour payer ses consultations. Mais qui peut en apporter la preuve ? Il est très probable que cet entrepreneur acharné, ambitieux, au caractère bien trempé, anticlérical de surcroît ait pu attiser chez certains une profonde jalousie, terreau fertile de ladite rumeur.

Un homme engagé au service des autres

Fraîchement diplômé de médecine en 1887, le fringant généraliste se porte volontaire au péril de sa vie pour rejoindre Marseille et aider ses collègues à lutter contre l’épidémie de choléra qui y sévit. Il aurait certainement mérité d’être applaudi par la France entière comme l’ont été récemment ses glorieux successeurs. Plus tard, pendant la Première Guerre mondiale, il rejoint, toujours comme volontaire, l’hôpital auxiliaire de Fitou pour soigner les soldats blessés rapatriés du front. Par au moins deux fois et aux heures sombres de notre Histoire, cet homme supposé cupide choisit donc de se mettre au service des autres. Au lendemain de la guerre, il participe à la création de la SCV Castelmaure et en devient le premier président. Un poste honorifique qui permet certes de se taper la cloche sans débourser un centime, faut-il encore disposer d’une bonne table à proximité. Or l’Auberge du Vieux Puits n’existe pas. Et les notes de frais du président de l’époque sembleraient sans doute bien modestes comparées à celles de celui d’aujourd’hui.

Rennes-les-Bains n’oublie pas

Développer le thermalisme à Rennes-les-Bains et y avoir comme patient l’abbé Saunière aurait pu en revanche en faire un homme riche. Mais les Rennois, bien loin de jalouser sa réussite, le déclarent médecin bienfaiteur de la station thermale et choisissent d’honorer chaque année sa mémoire en déposant une gerbe de fleurs au pied de sa stèle. Paul Courrent est enterré au cimetière d’Embres & Castelmaure. Il repose près des vignes qui font aujourd’hui la réputation de la coopérative qu’il avait contribué à fonder en 1921. L’année prochaine seront célébrés les cent ans de cet établissement et le travail acharné des générations qui s’y sont succédées. Il serait incompréhensible que la personne à l’origine de sa création n’y soit pas justement représentée.

Alors et si quelqu’un peut justifier cet ostracisme qui le frappe aujourd’hui encore, qu’il se lève et s’exprime preuves à l’appui, ou bien se taise à tout jamais. Et que l’on honore enfin dignement ici aussi la mémoire de cet homme.

Se taire devant la mort pour mieux l’apprécier

Les nécrophilies sont prestement ressorties des longs tiroirs en acier qu’abritent, pareils à des morgues, les salles de rédaction. Claude Goasguen et Guy Bedos que tout opposait, viennent de mourir le même jour. Et depuis, personne ne peut échapper aux hommages parfumés à la naphtaline qui se multiplient autour des deux hommes. Loués pour leur vitalité, ils n’échapperont cependant pas bientôt à l’interminable cérémonie mortifère des obsèques pourtant si peu compatible avec leur caractère.

Comme après chaque disparition, se pose la question quant à la plus digne manière d’honorer nos morts.

Qu’il y-a-t-il de plus mortel qu’un enterrement ?

Pendant que le défunt repose peinard dans sa confortable boîte en bois devant l’autel, le cortège des obligés entre dans l’église. Aux litanies du prêtre, qui comme il le fait à propos de Dieu doit le plus souvent parler d’un inconnu, se succèdent les proches qui, sans doute attirés par ce même besoin de lumière, n’hésitent pas à venir passer leur audition devant un mort.
Le dernier candidat vient de replier le petit bout de papier qu’il a mis toute une nuit à noircir et le glisse dans sa poche avant de redescendre de l’estrade. Quelques discrets sourires d’entendement lancés par l’audience dans sa direction le confortent. Il vient se rasseoir près de sa femme qui émue et fière, lui attrape la main. Les enfants eux s’impatientent devant une cérémonie qui s’éternise. Ils ont hâte de passer devant le cercueil ouvert, voir leur premier cadavre puis filer dehors jouer avec leurs camarades fraîchement orphelins. L’orgue se met enfin à résonner tandis que s’ouvrent en grand les portes de la maison de Dieu.

A l’extérieur, la petite foule forme désormais un cercle autour d’un orifice béant tout aussi sombre qu’eux. Les quatre employés des pompes funèbres, l’air faussement grave, font glisser lentement le cercueil le long du trou à l’aide de cordes passées en travers de leur buste. Au-dessus du cimetière, les hirondelles virevoltent sur un fond de ciel bleu. Autour des cyprès, les enfants jouent sans bruit à cache-cache. Le calvaire du défunt et de ses proches n’est pas terminé pour autant. L’écharpe enfilée en diagonale, une feuille à la main, voici que le maire vient à son tour en remettre une couche. Derrière une paire de lunettes mal ajustée, son regard de hibou tente de déchiffrer les poncifs couchés la veille par sa femme. De sa bouche hésitante sortent les mots qu’il découvre en même temps que l’audience. Et il se surprend lui-même à faire l’éloge d’une personne qu’il avait pourtant traîné plus d’une fois dans la boue. Dans l’assemblée, personne ne bronche. Cela fait partie des convenances. Si seulement le maire pouvait traiter ses administrés avec autant d’égard de leur vivant, la vie au village en serait changée. Deux ou trois teigneux dans l’assemblée songent sérieusement à interrompre le maire, lui arracher son papier des mains et lui intimer de se taire.

Silence !

Se taire. Voilà ce que la décence dans ces moments-là ordonne. Ou bien à défaut de se taire, chanter. Car à part le silence, il n’y a guère que la musique pour accompagner dignement l’âme d’un disparu dans l’au-delà comme il n’y a que la nuit pour en traduire le mystère.

Forts de ce constat, c’est donc désormais à la nuit tombée et non plus en plein jour que les habitants du village se rassemblent devant la maison du défunt. Les plus anciens se sont chargés d’embaumer le corps tandis que les plus jeunes ont monté le cercueil à l’étage et y ont placé la dépouille. Tour à tour, les villageois qui le désirent montent à la lueur des bougies y déposer un brin de lavande. Lorsque le dernier d’entre eux se retire, quatre hommes se saisissent du cercueil, le portent à l’épaule et descendent le large escalier. Dehors, il fait nuit. Comme durant chaque obsèque, l’éclairage public a été remplacé par une multitude de bougies disposées sur le bord des fenêtres. Les habitants eux-même tiennent un cierge qu’ils allument au départ de la procession, et tandis qu’elle se dirige vers le cimetière, deux colonnes se forment de chaque côté des porteurs de cercueil. Tour à tour, la foule vient d’une main en effleurer le bois avant de prendre la tête du cortège. Arrivée parmi les sépultures, elle se rassemble autour d’une fosse fraîchement creusée et y forme un cercle de lumière. Voici maintenant que le cercueil descend lentement dans la pénombre accompagnée par un chant religieux entonné par les voix des enfants. Pendant que les premières pelletées de terre résonnent sur le bois vernis, des tables recouvertes de nappes blanches sont disposées parmi les tombes. Des chandeliers placés en leur centre viennent éclairer des bouteilles de vin et des verres à pied. Un immense buffet dressé à l’entrée attend les convives. Certains ont apporté un instrument de musique qui bientôt remplace les voix juvéniles. Lorsque le mort est enfin bien installé dans l’éternité, la veillée peut commencer. Elle va durer toute la nuit. Au milieu des rires et des larmes, un verre à la main, on fait le tour des sépultures, boit à la mémoire des disparus, évoque leur souvenir. Certains, réalisant enfin que la vie est décidément bien courte en profitent même pour se réconcilier.
Et puis tous s’endorment.
Au lever du jour, assoupis sur les pierres tombales, les vivants s’arrachent pour un temps au sommeil éternel et viennent ramasser les cadavres de bouteilles. C’est à leur nombre que se juge la popularité d’un défunt; l’homme qui vient de succomber n’était à l’évidence pas un mal aimé.
Son souvenir sera comme sa tombe, entretenue chaque année, non pas avec des fleurs bien vite fanées mais à coup de grands crus dans lesquels ses amis ne manqueront pas d’y noyer leur chagrin.

Accompagner les morts jusqu’à leur dernière demeure dans un esprit de fête afin d’éviter d’honorer leur mémoire à travers ce qui ressemble encore trop souvent à une corvée.

Les randonneurs peuvent-ils rêver d’un meilleur accueil ?

A chaque pas, le moindre relief du sentier traverse la semelle épaisse de leurs chaussures et vient douloureusement s’imprimer sur les plantes de leurs pieds en feu. A chaque glissade qu’un terrain caillouteux et sec rend inévitable, leurs mollets se tétanisent; à chaque nouvelle vibration, ce sont les tendons de leurs genoux qui menacent de rompre. Dans les descentes, le poids de leur sac oblige les muscles endoloris de leurs cuisses à davantage de contractions. Les mains s’agrippent aux sangles de portage, leurs pouces écrasés contre les os de leur clavicule. La tête penchée en avant, leurs yeux rougis par la fatigue scrutent le sol et tentent de repérer les cailloux un peu trop saillants. L’abondant flot de transpiration franchit la barrière des sourcils et gagne les yeux. La vue se trouble. Le temps de s’essuyer d’un revers de main et c’est tout le délicat équilibre de cet édifice en mouvement qui menace. Un court moment d’inattention que choisit la pointe du pied pour venir cogner dans une pierre. Le corps part brusquement en avant, les jambes tentent de retenir sa chute, la douleur s’intensifie. Un juron s’échappe. Toujours le même : “Bordel de merde !”.

Les deux camarades de randonnée marchent depuis l’aurore. Ils ont pu profiter la veille du gîte municipal de Duilhac-sous-Peyrepertuse pour se restaurer et se reposer. Au petit matin, revigorés malgré les douze jours de marche accumulés depuis Foix, ils ont décidé d’avaler d’une traite les 38 kilomètres qui les séparent d’Embres et d’arriver avant la fermeture du caveau de Castelmaure.

Mon Dieu, quel accueil !

Après huit heures de marche, ils n’ont plus qu’à franchir le col de Laval pour y parvenir. Derrière eux, le soleil effleure la chaîne des Pyrénées. La cave mythique est là, juste en dessous mais ses portes vont bientôt fermer. Alors, et malgré la fatigue, les deux amis accélèrent le pas. Le sentier a fait place à une petite route sinueuse et goudronnée. Trois chiens surgissent d’une vigne et les suivent en aboyant. Le plus petit, hargneux et téméraire, s’avance, pince un mollet puis s’enfuit. “Bordel de merde ! Putain de cabot !”. Pas le temps de s’arrêter. Une dernière montée et les voici enfin arrivés devant le foyer du village. Le grand bâtiment blanc de la SCV Castelmaure est là, juste à leur droite. Les deux marcheurs, surpris par son austérité, scrutent la façade à la recherche de l’entrée du caveau. Les couleurs vives si reconnaissables des bayadères ont disparu. Les onze lettres capitales, désormais confinées dans un cadre noir s’accordent avec la couleur funèbre du cadre des huisseries. Seul un banc, adossé à la façade d’une maison rappelle les heures glorieuses où un homme de talent se chargeait de la communication des lieux. Une grosse flèche noire indique l’entrée sur la gauche. Au moment où ils s’apprêtent à entrer, la cloche de la mairie sonne les six coups de dix-huit heures. De l’autre côté de la porte vitrée, une femme vient leur faire face, un trousseau de clefs à la main puis d’un geste sans équivoque, croise ses bras devant eux, attrape la poignée, ferme la porte à double tour et regagne l’arrière du comptoir.
Une immense déception les gagne. A bout de forces, ils se délestent des vingt kilos qu’ils portent chacun dans leur dos, s’affalent hagards sur le banc coloré puis s’assoupissent, sous l’œil suspicieux des employés de la cave qui regagnent leur domicile.

La maison des randonneurs

Tiraillé par la soif, le plus vaillant des deux extirpe une gourde de son sac qu’il s’en va remplir à une petite fontaine. Au moment d’appuyer sur le bouton poussoir, il aperçoit un panneau de bienvenue apposé sur la porte de l’ancienne poste qui lui fait face. C’est désormais la maison des randonneurs. Selon les informations écrites à la craie sur le tableau noir, le dortoir ce soir est libre. Les marcheurs qui le désirent peuvent profiter d’une cuisine et de douches pour la nuit. Il sont priés de veiller à laisser l’endroit aussi propre qu’ils l’ont trouvé, de profiter des lieux et d’aller en paix. Aucun prix n’est mentionné.

Intrigué, il entre. De gros bouquets de lavande pendent du plafond et parfument le couloir qui mène à la cuisine. Il pousse la porte. Devant lui, une épaisse table en bois entourée par deux bancs massifs occupe le centre de la pièce. Une bouteille de vin rouge y est posée près d’un chandelier. A côté de l’évier, un réfrigérateur ronronne. Sans illusion, il l’ouvre et n’en croit pas ses yeux : le bac du bas est rempli de légumes frais et des œufs remplissent tout un casier. Plusieurs pains congelés occupent le compartiment du freezer. Des bouteilles de rosé et de blanc sont rangées dans la porte intérieure. Des épices, une bouteille d’huile d’olives, une autre de vinaigre et quelques condiments en pot s’étalent le long d’une étagère. Des instructions en plusieurs langues sont écrites à la craie sur un autre tableau noir. Les œufs, tout comme les fruits et les légumes qui proviennent des jardins avoisinants sont offerts par les habitants. Une boîte en fer posée au-dessus d’un placard recueille l’argent qui permet de régler le vin. A l’étage, une chambre équipée de plusieurs lits superposés sert de dortoir. Une armoire et une bibliothèque remplies de livres multicolores sont adossées à l’un des murs en pierres. De l’autre côté du couloir, deux salles de bain lui font face, l’une pour les femmes et l’autre pour les hommes, équipées chacune de plusieurs douche et d’un toilette. Tout est d’une propreté impeccable ce qui est loin d’être son cas. Alors et malgré les douleurs dans les jambes, il se précipite à l’extérieur pour faire part de sa découverte à son camarade. Sur le palier, une femme plutôt âgée et souriante vient à sa rencontre et lui souhaite la bienvenue avant d’aller sonner la cloche de l’église. De retour avec son ami, ils s’installent dans la chambrée, déballent de leur sac leurs affaires de toilette et filent prendre une douche. Toutes les épreuves de la journée sont aussitôt emportées par l’eau savonneuse et grise vers le syphon.

La cuvée du randonneur, un vin de partage

Habillés de frais, ils descendent à la cuisine, glissent quelques pièces dans la boîte en fer, attrapent deux verres à pied du fond d’un placard et débouchent la bouteille de blanc tout juste sortie du réfrigérateur. La couleur légèrement dorée de cet assemblage de Grenache blanc et de Maccabeu vient chatoyer leur verre. Ils trinquent et boivent la première gorgée les yeux fermés. Son arôme généreux, à l’image de ceux qui les accueillent, traverse leurs papilles et en imprègne profondément leur mémoire. Comme il est écrit sur l’étiquette, la cuvée du randonneur est un vin de partage. Les deux amis, soudain intrigués par des voix venues de l’extérieur, s’approchent de l’entrée. Devant la maison, quelques personnes s’affairent autour d’une table de pique-nique. Ils reconnaissent la dame venue les accueillir et lèvent aussitôt leur verre dans sa direction. Une nappe rayée aux couleurs des bayadères recouvre la table, elle-même occupée par toutes sortes de victuailles. Une autre femme beaucoup plus jeune les salue et va chercher quelques couverts dans la cuisine tandis que son compagnon débouche avec gourmandise une bouteille de vin rouge. En quelques minutes, tout est près. Les deux marcheurs émerveillés par cet accueil sont invités à s’asseoir. Les verres se remplissent à nouveau, s’entrechoquent. Le jeune couple et la vieille femme sont assis en face d’eux et se présentent. Cette dernière est chargée à la mairie de l’accueil des randonneurs et doit prévenir les villageois de leur arrivée. Ceux qui entendent le carillon sont ainsi invités à se joindre aux hôtes pour le dîner. L’heure d’arrivée tardive des deux hommes explique le peu de participants au repas. Certains soirs, près de la moitié des Embrésiens se joignent spontanément à la tablée des randonneurs. Il faut alors sortir de la mairie les tables prévues pour l’occasion et les disposer sur le parking du foyer. La fête peut durer une partie de la nuit. L’étape du lendemain se limite alors généralement pour les marcheurs à rejoindre Durban tant en essayant de ne pas trop zigzaguer en route.

A la fin du repas, les paupières s’alourdissent. Après avoir débarrassé la table, tout le monde se retrouve dans la cuisine pour faire la vaisselle et goûter la carthagène. Puis le couple s’éclipse. Avant de partir elle aussi, la vieille femme indique un large livre posé sur un petit guéridon. A l’intérieur sont recueillis les récits de ceux qui ont fait étape à Embres cette année. Les deux hôtes, pour prix de leur séjour, sont invités à le remplir d’une histoire, une anecdote qui les aurait marqués sur le trajet. A la fin de l’année, la somme de ces souvenirs est retranscrite puis éditée par le village. S’ils ont encore le courage de lire, ils trouveront quelques exemplaires des années précédentes dans le dortoir.

La porte de l’ancienne poste vient de se refermer. La fatigue et les vapeurs d’alcool guident maladroitement les deux randonneurs jusqu’à leur lit. Le moins endormi des deux saisit l’un des exemplaires dont leur a parlé leur hôte. Allongé sur sa couche, il lutte quelques instants contre le sommeil pour parcourir les premières pages de l’ouvrage. La curiosité le gagnant à chacun des chapitres ce n’est qu’au petit matin qu’il entame la dernière histoire, la plus incroyable. Mais au fur et à mesure qu’il entre dans le récit palpitant et tandis que le ronflement de son compagnon s’amplifie, il se surprend à lire leur propre aventure. Une aventure qui se termine sous un ciel étoilé autour d’un dîner bien arrosé offert par les généreux habitants d’un village perdu au creux d’une vallée.

Seuls et le ventre creux

Une douleur aiguë lui prend soudain au mollet et l’oblige à se réveiller. La nuit vient de tomber sur le petit banc coloré. Les lumières artificielles éclairent désormais les rues désertes et obscurcissent le ciel. Son compagnon vient à son tour d’ouvrir les yeux. Il se lève, étire ses jambes, pose avec peine les sangles de son sac sur ses épaules meurtries et reprend la route suivi sans un mot par son ami. Tiraillés par la faim et la fatigue, il leur semble que les croassements des grenouilles se font moqueurs à leur passage. Quant au chant strident des oiseaux, il résonne comme autant de rires narguant leur infortune.

A la sortie du village, un panneau indique la direction du hameau de Castelmaure. A défaut d’y trouver du vin, ils pourront peut-être y planter leur tente, se laver, dormir et se remettre à rêver. Arrivés au pied des ruines qui leur ôtent tout espoir de réconfort, ils se laissent apaiser par le chant d’un ruisseau et la présence d’une chapelle puis étalent leur sac de couchage sur un parterre d’herbe. La tête adossée à leur sac à dos, bercés par le scintillement de l’eau, ils s’endorment en contemplant le fascinant spectacle de ces milliards d’étoiles venues leur souhaiter la bienvenue.

Vue d'Embres à l'aurore depuis les ruines du village de Castelmaure

Un village aux confins de la galaxie

L’horloge de la mairie vient de sonner les douze coups de minuit. Minuit n’est plus, depuis bien longtemps, l’heure du crime*. Pourtant, les rues du village restent, à la tombée du jour, obstinément éclairées par le halo des lumières artificielles comme si les chauffards qui avaient provoqué l’exode des derniers habitants de Castelmaure au XIXe siècle sévissaient toujours aux coins des rues. Cet éclairage public, qui n’a désormais plus lieu d’être, continue pourtant de nuire à notre sommeil et à la vie animale. Il prive également les noctambules du spectacle grandiose qu’offre un ciel étoilé, et tente sournoisement d’effacer de leur conscience leur filiation avec l’univers.

Aux origines de l’éclairage public

Au moyen âge, les rues des villes, à commencer par celles de la capitale, sont de véritables coupe-gorges. Dès la nuit tombée, les brigands y règnent en maîtres. Les ordonnances royales qui intiment aux Parisiens d’éclairer la façade de leur maison à l’aide d’une chandelle, ne sont pas respectées. Les plus riches s’assurent l’escorte d’un porte-lanterne pour regagner sain et sauf leur foyer tandis que les cadavres des moins fortunés flottent au petit matin, inexorablement sur la Seine. Il faut attendre l’avènement du roi-soleil pour que la lumière se répande sur le pays : sous Louis XIV, les rues voient en effet apparaître leurs premières lanternes publiques et deviennent plus sûres. L’arrivée du gaz puis de l’électricité au XXe siècle, permettra la généralisation de l’éclairage nocturne. Entretemps, le crime, cause initiale de la prolifération des réverbères, s’est lui aussi modernisé et préfère désormais s’effectuer au grand jour*. Cela n’a pourtant pas remis en question la débauche d’énergie générée aujourd’hui encore pour l’éclairage des communes françaises.

A qui profite les lumières de la ville ?

La fée électricité a deux défauts de taille : ce qu’elle produit ne se fait pas d‘un coup de baguette magique et réclame des investissements colossaux avant la production du premier kilowatt. Et une fois que sa machine est lancée, il devient presque aussi coûteux de l’arrêter.
De plus, elle produit une énergie qui ne se conserve pas. Il faut donc la consommer immédiatement ou la perdre. La rentabilité guidant les investisseurs, elle les encourage à optimiser la consommation de cette énergie, de jour comme de nuit. Car même si nous avons accès à la moins chère du monde grâce au nucléaire, elle a toujours un coût qu’il faut payer. Sachant que près de 40% de la facture d’électricité d’une commune concerne son éclairage public**, certains villages, comme celui de Lévignac en Haute-Garonne, en ont décidé l’extinction entre minuit et 5.30 du matin. Résultat : une économie des dépenses annuelles de 9000€ pour un village d’environ 2000 habitants. Rapportée à l’échelle d’Embres, l’économie serait d’environ 1000€ par an.

Pourquoi rester confiné à l’écart de la Nature ?

Bafouer ses lois nuit à notre santé et mène à la catastrophe. Il est ainsi prouvé que le manque d’obscurité pendant la nuit, freine la sécrétion de la mélatonine par notre cerveau, une hormone indispensable pour le bon déroulement du sommeil. L’étanchéité des volets qui équipent la plupart des fenêtres de nos vieilles maisons laisse parfois à désirer et ne nous préserve pas toujours de l’insomnie. Alors plutôt que d’en changer, ne serait-il pas plus simple d’éteindre la lumière ?

Selon la LPO, cette pollution est également la deuxième cause de mortalité des insectes après les pesticides. En dehors des papillons de nuit qui ne pollinisent plus, la disparition des insectes entraîne celles des oiseaux et des chauves-souris, déjà désorientés la nuit par les lumières artificielles. Même les plantes souffrent d’une photosynthèse dégradée due à la chute retardée de leurs feuilles. Alors, quel argument peut encore résister à la diminution de cette pollution nocturne majeure ?

Et si Embres s’inscrivait sur la liste des villages étoilés ?

La pandémie actuelle nous a rappelé que faire du profit financier une priorité menait à une impasse. Car c’est bien lui qui, en intimant les gouvernements successifs à réduire les dépenses de santé, a précipité dans la tombe près de 30 000 de nos concitoyens et confiné les autres.

Un carré d’herbes, un coin de ciel bleu, un peu d’air pur sont d’un coup devenus, aux yeux des plus lucides autrement plus essentiels qu’un compte en banque bien rempli. Les coins de la planète qui auront su au mieux préserver leur diversité écologique deviendront bientôt des sanctuaires recherchés. Embres, dont la renommée repose essentiellement sur l’excellence du vin produit par sa coopérative a également la chance d’être sur le parcours du sentier cathare, l’un des plus prestigieux de France. Inscrire la commune sur la liste très restreinte des villages étoilés*** et devenir ainsi le quatrième village de l’Aude à y figurer, augmenterait encore sa notoriété et donc sa fréquentation.

Stopper l’épidémie d’éoliennes

Entreprendre une telle démarche impose un minimum de cohérence.
Au milieu de la nuit, dans le village, l’éclairage public fait fuir les étoiles remplacées plus loin par les éclats rouges et blancs des éoliennes. Ces monstres de carbone qui n’en finissent pas de faire fantasmer les maires de certaines communes, font également partie des pollueurs. Hormis les 1500 tonnes de béton coulées pour l’éternité au pied de chacun de leur mât gigantesque, le problématique recyclage de leurs pales, et les oiseaux qui s’y fracassent par temps de brouillard, elles violent également par leur présence ce sanctuaire au milieu duquel nous avons la chance de vivre. Plutôt que d’en parsemer anarchiquement le paysage, pourquoi ne pas en concentrer l’implantation sur des zones déjà industrialisées ? La réponse, encore une fois, est à chercher du côté du profit. Les élus, parfois obnubilés par le court terme, rêvent d’un argent facile apporté par le vent, et oublient que des solutions plus durables comme le tourisme vert existent pour financer le fonctionnement de la commune. Cela implique d’investir dans une offre basée sur les qualités du village que le confinement a fait opportunément ressurgir.

A l’heure des pandémies et des catastrophes industrielles, Embres se révèle en effet comme l’un des rares lieux de villégiature en France encore intact de toute agression extérieure. Et les premiers à bénéficier de cette politique du bon sens devraient logiquement être la cave coopérative et les propriétaires de chambres d’hôtes. Autant dire la plus grande partie des villageois.

* 80% des crimes sont commis à notre époque en plein jour

** Chiffres de l’ADEME 2017

*** Il lui suffit de s’inscrire auprès de l’ANPCEN (Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne) avant le 30 septembre 2020